Le « serious game » au service de l’illettrisme

On compte entre 2,5 et 3,1 millions d’illettrés en France. Même si la situation s’améliore d’année en année, le constat reste préoccupant. L’entreprise Formagraph s’est attaqué au problème, en créant Imagana, un jeu vidéo destiné à améliorer ses connaissances. 

Le concept est simple. Vous incarnez Mô, un petit personnage chargé de reconstituer le cristal du savoir, la source de toutes les connaissances de la terre. Brisé par des puissances maléfiques, il s’est éparpillé aux quatre coins de l’univers. A vous de franchir les étapes en reconstituant les mots que vous trouverez sur votre chemin. Par exemple, face à une roche qui vous barre le chemin, vous devrez assembler le mot « feu », éparpillé sous forme de phonèmes sur la carte, ce qui vous permettra ensuite d’allumer un canon.

Mais le jeu ne comporte pas seulement des mots simples, au contraire. Pour Philippe de Finance, directeur de Formagraph, il permet aux joueurs de se confronter aux mots compliqués du quotidien, tout en suivant sa progression. L’environnement, aux couleurs acidulées et au design simple, rappelle un croisement entre Minecraft et Zelda. Et c’est là que ça fonctionne. Occupé à jouer, le joueur n’est pas confronté à un apprentissage scolaire classique, qui renvoie souvent à une situation d’échec.

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C’est le principe du serious gaming. En français « jeu sérieux », on y reprend l’univers et les codes du jeu vidéo pour servir des objectifs pédagogiques. De plus en plus utilisé, le concept est né en 2002 avec American Army, une simulation de guerre diffusée dans les conventions de jeu vidéo aux Etats-Unis. Les recruteurs s’en servaient pour repérer des recrues potentielles, en se basant sur les performances des joueurs dans le simulateur.

Aujourd’hui, le serious gaming s’applique à tous les domaines, selon trois principes :

  1. Diffuser un message
  2. Dispenser un entraînement
  3. Permettre l’échange de connaissances

Ici, Imagana s’adresse à un public large. Disponible gratuitement pour les particuliers, il offre 26 niveaux. Une seconde version est en développement, incluant des problèmes plus complexes, comme l’anagramme.

Actuellement testé dans des écoles de Franche-Comté, le concept intéresse aussi Pôle Emploi, qui veut l’appliquer à l’argumentation, pour aider les demandeurs d’emplois dans la préparation de leurs entretiens professionnels.

Pour les plus curieux, vous pouvez y jouer ici.

 

Marie Rolin

Écrit par rokiamarie