Le « blackface », l’histoire d’un déguisement polémique

Le joueur de football français Antoine Griezmann arbore une « blackface » pour ressembler à un joueur de basket-ball de Harlem. Une pratique qui fait polémique. (Crédit photo : lapresse.ca)

Une photo publiée par le footballeur Antoine Griezmann dimanche soir a suscité une vague de critiques. Le visage peint en noir, le joueur a bien malgré lui relancé le débat sur le « blackface », une pratique dont l’histoire est directement liée à celle de l’esclavagisme.

Fan de basket-ball, le joueur français de l’Atlético de Madrid voulait rendre « hommage » aux Harlem Globetrotters, une équipe originaire de Chicago qui s’est notamment illustrée dans les années 40. Le visage et le corps maquillés en noir , le « déguisement » est mal passé auprès de la communauté des internautes qui a immédiatement dénoncé ce « blackface ». Le joueur a rapidement retiré la photo et présenté ses excuses sur son compte Twitter, reconnaissant la maladresse de son geste.

La pratique du « blackface » avait déjà été décriée quelques mois plus tôt en France à la suite de la publication d’une vidéo de la youtubeuse populaire Sheira Kerienski qui s’était maquillée en utilisant exclusivement des produits cosmétiques destinés aux peaux foncées.

Le « blackface », un divertissement controversé

Né dans un contexte polémique, le « blackface » tire son origine de spectacles populaires présents aux Etats-Unis entre 1830 et 1890. Plus connu sous le nom de « Minestral shows », ces comédies où se mêlaient chants et danses, ont largement contribué à répandre les idées racistes et les stéréotypes présents durant la période de l’esclavagisme.

A l’aide d’argile noir ou encore de liège brûlé, des comédiens se peignaient ainsi la peau pour caricaturer les esclaves en interprétant des rôles comme celui du très célèbre Jim Crow. Ce personnage incarné par le comédien Thomas Dartmouth alias « Daddy Rice » fut l’emblème du « blackface ». Le succès fut tel que le comédien parcourut les Etats-Unis pour raconter l’histoire de cet esclave noir qui aurait réellement existé. Sa célèbre chanson « Jump Jimmy Crow » est un alliage d’anglais et du dialecte alors parlé dans les plantations.

Le terme Jim Crow est ainsi devenu une manière de désigner les Afro-Américains et donnera également son nom aux lois Jim Crow qui, en 1876, ont institutionnalisé la ségrégation raciale qui a sévi dans le Sud des Etats-Unis jusqu’en 1967.

Une pratique qui n’a pas totalement disparu

Avec l’arrivée des mouvements civiques dans les années 60, le « blackface » finit par être condamné et devient une pratique pleinement désignée comme étant raciste. Mais cette dernière est encore pratiquée, notamment dans certaines traditions comme celle du Père Fouettard, un personnage du folklore de la Saint Nicolas. Aux Pays-Bas et en Belgique, il est aussi connu sous le nom de « Zwarte piet » soit « Pierre le Noir » . Couvert d’une peinture noire, le personnage est chaque année la cible de critiques virulentes.

Anastasia Wolfstirn.

Écrit par IEJ3B