Le bitcoin à la conquête de l’Amérique

Virtuel, le bitcoin n’en finit plus de susciter un intérêt bien réel. Hier, présélectionné pour le Prix Nobel d’Economie 2016 via son créateur japonais Satoshi Nakamoto, aujourd’hui plébiscité par Goldman Sachs, la très sérieuse banque new-yorkaise. Explication d’un phénomène en passe de révolutionner l’économie mondiale.

Lorsque le bitcoin apparaît sur la toile en 2009, il fut d’abord adopté par des geeks rebelles, des cyberanarchistes ou encore des altermondialistes. Considéré par ses usagers comme un instrument anti-système capable de concurrencer la finance capitaliste, et de créer une structure parallèle plus équitable. Dans le même temps, le bitcoin devint un outil de blanchiment et d’évasion fiscale pour des aventuriers de la finance – oligarques, escrocs, hackers, trafiquants de drogue, marchands d’armes… Résultat de ce développement chaotique : le bitcoin, qui valait 13 dollars en janvier 2013, atteignit 1 124 dollars en novembre de la même année, avant de retomber en dessous des 300 dollars (281€). 

En cette fin 2015, le bitcoin repart à la hausse, sagement. Un cours qui dépasse les 300$ et plusieurs millions de transactions sont enregistrées chaque mois. Après six ans et demi d’existence, le bitcoin prends une nouvelle dimension. Les professionnels de la finance ont cessé de le dédaigner ou de s’en méfier, et se sont mis à l’étudier, puis à l’adopter. Au lieu d’abattre le vieux système, le bitcoin va peut-être le rajeunir et le renforcer.

La « blockchain », le cerveau du système

Si le bitcoin est le « nom de scène », le véritable système passionnant particulièrement les financiers est le programme informatique. Il permet à cette monnaie d’exister, la « blockchain » ou chaine de bloc de données. A défaut de recourir à des « tiers de confiance », cette technologie revient à rendre public tous les échanges effectués dans le monde, via un réseau d’ordinateurs. Ces ordinateurs ultra-puissants vérifient que les transactions sont réelles et que personne n’y a glissé de « faux ». Les transactions sont validées par blocs, puis ajoutées au registre, formant une chaîne de blocs – d’où le terme de « blockchain ».

Le système serait non seulement plus sécurisé, mais aussi plus rapide. Il éviterait de passer par une chambre de compensation pour enregistrer une transaction financière, ou par un notaire pour obtenir un titre de propriété. Il permettrait aussi de faire transiter de l’argent d’un pays à l’autre, sans passer par des sociétés de transfert de fonds, comme Western Union. La suppression de ces intermédiaires réduirait de manière drastique les coûts de la finance mondiale. Elle pourrait faire économiser 20 milliards de dollars aux banques chaque année, estime la banque espagnole Santander dans un rapport publié cet été.

Les analystes de BNP Paribas imaginent eux que l’adoption généralisée de la blockchain provoquerait des bouleversements comparables à l’impact de l’Internet sur le secteur économique.

HF

Écrit par hugofrances