Laurent Bon, producteur de Quotidien  » Si le FN en est là aujourd’hui, ce n’est pas notre responsabilité ».

Très discret, aucune interview, ni Facebook ni Twitter, c’est presque un miracle que Laurent Bon se soit confié à Télérama. Le producteur de Quotidien et co-fondateur de la société de production Bangumi s’est pourtant prêté au jeu.

Affublé d’un grand masque de perroquet, afin de que l’on ne puisse pas voir son visage, l’énigmatique Laurent Bon a répondu à un éventail de questions, allant du déménagement de son émission chez TMC/TF1 jusqu’au Front national.

Yann Barthès

Deuxième fondateur de la société Bangumi, avec la personne qui nous intéresse aujourd’hui, le présentateur de Quotidien, anciennement le Petit Journal (LPJ) à l’époque Canal +, a eu droit à quelques phrases de la part de son ami et collaborateur.

« Le public fait suffisamment confiance à Yann Barthes pour se laisser embarquer là ou il n’irait pas spontanément ».

« Comme il n’est dans aucun réseau, Yann Barthès n’a peur de se fâcher avec personne ».

« Yann n’est pas un intervieweur professionnel, encore moins un intervieweur politique. Avec ses invités, il est plutôt sur le terrain de la conversation ».

Le changement de chaîne et Vincent Bolloré

Quotidien est passé cette saison de Canal + à TMC, appartenant au Groupe TF1. En cause, quelques désaccords avec Vicent Bolloré, PDG de Vivendi et actuel propriétaire du Groupe Canal. Laurent Bon est revenu sur cet épisode, n’hésitant à dévoiler les coulisses de cette affaire.

« Avec Vincent Bolloré, il n’y avait aucune pression sur Le Petit Journal ».

À propos de la « résistance anti-Bolloré » à l’époque LPJ : « On était pris dans un piège : ne pas parler de Bolloré, c’était se censurer ; en parler, c’était risquer de se faire récupérer ».

Un soir, Laurent Bon et Yann Barthes rencontrent Ara Aprikian, directeur des contenus à TF1 : « Un soir, au restaurant, il nous a déroulé un petit papier avec son projet. Sa proposition était si incongrue que Yann a décroché de la discussion, il devait penser qu’on se foutait de sa gueule ».

« Quotidien a été un enfer à concevoir, nous avons mis des semaines ».

Le Front national et Marine Le Pen

Quotidien, mais surtout son ancêtre LPJ, prend souvent pour cible le parti d’extrême-droite et son actuelle dirigeante, Marine Le Pen. Cela lui a valu des attaques de la part de certains politiques, et citoyens, accusant l’émission de participer à la montée du vote Front National. Laurent Bon se défend.

« Si le Front national et Marine Le Pen en sont là aujourd’hui, ce n’est pas notre responsabilité, mais plutôt celle de ceux qui dirigent ce pays depuis trente ans« .

« Si nous sommes blacklistés par le FN et si nous avons eu des problèmes avec le Front de gauche, c’est uniquement parce que l’un de nos reportages montrait qu’ils communiquaient comme les autres, avec les mêmes méthodes que Jacques Séguéla et consorts. Il n’y a rien de plus vexant pour ces partis qui se disent antisystème ».

Les méthodes de travail de son émission

L’évolution du Petit Journal s’est traduite par une modification dans l’approche des informations. En prenant du recul, le producteur reconnaît que certaines erreurs ont été commises.

« L’équipe du Petit journal était très jeune, elle s’est beaucoup amusée puis elle a grandi et a commencé à voir les choses différemment. Yann lui-même s’ennuie facilement et s’est lassé du ­côté people du Petit journal ».

« Nous avons été précurseurs dans le décryptage des stratégies de communication des politiques. Ensuite, l’exercice s’est banalisé. Montrer qu’un politique place vingt fois le même mot dans un discours ou reprend des phrases entières d’un discours d’une année sur l’autre, ça finit par ne plus choquer personne ».

« Poursuivre Marine Le Pen et l’entendre répéter qu’elle ne veut pas nous parler, oui, c’est stérile et ça nous fatigue aussi. On l’a longtemps fait, peut-être trop, parce qu’on pensait qu’il s’agissait d’une information. Aujourd’hui, ça n’a plus de sens, on a compris ! ».

À propos de la position de l’émission prise lors du mouvement « Manif pour Tous » : « on a ­tenté la provoc, avec notamment des vidéos quotidiennes de roulages de pelle. On s’est permis d’aller loin parce qu’on se sentait soutenus par le public. Pour nous, ce n’était un combat ni de gauche ni de droite, mais générationnel ».

Maxence Bernaud

Écrit par iejpedago