La télé-réalité, vectrice de tragédies ?

Lundi 9 Mars, un crash entre deux hélicoptères a provoqué la mort de dix candidats et techniciens de l’émission de télé-réalité « Dropped », dont les sportifs Camille Muffat, Florence Arthaud et Alexis Vastine. Une tragédie qui intervient deux ans après le décès de Gérald Babin dans lors du tournage de « Koh-lanta », et quelques mois après le fait-divers dans lequel Nabilla a été mise en cause. 

 

Les premières émissions de télé-réalité ont été crées au début des années 2000. La première était une télé-réalité d’enfermement, une nouveauté dans le genre télévisuel : « Loft Story » (26 avril 2001). Quelques mois plus tard, TF1 et la société de production ALP lancent « Koh-Lanta » (4 août 2001), la première télé-réalité d’aventure. Ces programmes ont crée une réelle révolution audiovisuelle et culturelle. Un vrai engouement populaire. Pour preuve, la finale de la saison 1 de « Loft Story » a réuni 7 millions de téléspectateurs (avec un pic à 11 millions).

 

logo Loft Story & Koh Lanta

logo Loft Story & Koh Lanta

 

Ces concepts – comme celui de Dropped – sont souvent empruntés à la télévision étrangère. La télé-réalité, c’est la télévision à l’ère de la mondialisation. 

Les premières émissions du genre, possédaient déjà les codes et les règles, que l’on trouve dans nos émissions actuelles (enfermement, live 24h/24h, survie, éliminations par vote, etc).

Ce qui a changé, c’est le regard d’une génération portée sur ce vecteur de célébrités.

« C’est un mal-être qui vient à un moment de la civilisation où la visibilité devient une sorte de droit.
Liberté, égalité, fraternité, visibilité. Je veux être vu parce que le fait d’être vu, apporte le respect auquel j’estime avoir droit… D’une semaine à l’autre, tu disparais, tu cesses d’exister. On utilise de la matière première humaine pour provoquer des effets spectaculaires. »

Daniel Dayan, anthropologue

 

Depuis une dizaine d’années, la télé-réalité, connait des drames à répétitions, comme jamais un genre télévisuel n’en a connu. Et pourtant, le CSA n’a jamais mis un place une législation claire et tranchée sur la question. La sécurité interne et le suivi psychologique des candidats est laissé – dans son intégralité – à la production. Suites aux drames, les productions mises en cause préfèrent payer les amendes, plutôt que renoncer aux profits rapportés par ces émissions.

Dans le Monde, Xavier Couture, dirigeant de la société de production ALP déclarait : « Malgré cette tragédie, il n’y a aucune raison pour arrêter ce jeu d’aventure… Lorsqu’il y a des morts sur les circuits de Formule 1, on ne remet pas en cause le championnat du monde. Tant qu’il restera des espaces de liberté pour se dépasser, il y aura toujours des candidats et, quel que soit le producteur, il ne pourra éviter qu’ils prennent des risques pour se surpasser »

Article sur le crash du tournage de « Dropped »

Et pourtant, les polémiques sont nombreuses. Lors de la mort de Gérald Babin, candidat de Koh Lanta, la production a été mise en cause dans le rapatriement du candidat après son attaque, ce qui a conduit quelques jours après au suicide du médecin, Thierry Costa. En 2009, le candidat de l’émission « Secret Story », François Xavier Leuridan ou  Fx, se suicide en se jetant sous les roues d’un véhicule – quelques semaines avant, il participait à une émission « Carrée VIP », arrêtée brutalement, faute d’audience.

On connait la descente aux enfers entamée et poursuivie par la gagnante de « Loft Story », Loana. Et les ennuis judiciaires qu’a connu  Nabilla benattia, ancienne star et égérie de la télé-réalité.

Le retour vers l’anonymat est un désert aride que certains candidats traversent, sans savoir s’ils y survivront. 

 

Christ Bikouedi

 

Écrit par christbik