La prise d’otage, nouveau cauchemar des journalistes

Il y a eu moins de journalistes tués en 2017 que les années précédentes, selon Reporters sans Frontières (RSF). Mais le nombre de détenus ne cesse d’augmenter, tendance qui témoigne d’un recours à l’otage comme moyen de pression politique et financier.

Scotch sur la bouche et poignets immobilisés par une corde, le journaliste est devenu une monnaie d’échange. Selon un rapport de RSF, ils sont cinquante-quatre à être détenus en otage à ce jour, soit une augmentation de 4% par rapport à l’année dernière. Si avant les reporters étaient respectés et protégés au sein des zones de conflits, aujourd’hui ils sont les souffre-douleurs de la guerre : “C’est avec l’intervention américaine en Irak (2003) que le journaliste est devenu à nouveau une cible. A partir de 2005 les prises d’otages n’ont fait qu’augmenter“, souligne Catherine Monnet, rédactrice en chef adjointe de Reporter sans Frontières.

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Les journalistes valent des millions 

La peur de mourir sur le terrain est un souvenir lointain, maintenant c’est finir dans ‘’un trou’’ qui fait trembler les jambes des soldats de l’information : “La possibilité de me prendre une balle ne m’a jamais fait peur. Je ne vais plus dans les zones chaudes parce que je ne veux pas me retrouver emprisonné et c’est probable que cela arrive, les journalistes valent des millions“, confie Damien Vercaemer. Après l’Afghanistan, l’Irak et le Liberia, où un homme lui a pointé un pistolet à la tempe, ce réalisateur et opérateur vidéo a décidé de mettre un terme à sa carrière de reporter de guerre.

Ce sont les groupes armés du Proche-Orient qui intimident le plus, pourtant ils ne sont pas les seuls à jouer avec la vie des journalistes. Même si la Syrie et l’Irak mènent la danse, le Yémen et l’Ukraine sont aussi des pays qui abusent de la pratique de l’otage. “Il est vrai que 90% des otages sont détenus par l’Etat Islamique et par des groupes rebelles inconnus, mais il est important de rappeler que les reporters sont perçus comme une menace par des institutions que l’on-ne-soupçonneraient pas“, explique Catherine Monnet.

Cependant il est important de souligner que la majorité des otages sont des journalistes locaux, car cela permet à leurs ravisseurs de demander une rançon aux familles et de mettre en place un business extrêmement lucratif. “Mais il est aussi important de souligner que le recours à cette méthode alimente la peur. Elle paralyse les journalistes sur place et les étrangers; cela crée ce que l’on appelle un “trou noir“ de l’information“, c’est une zone où personne n’a accès pour raison de sécurité. Il est impossible de s’avoir ce qui s’y passe’’, explique Catherine Monnet. Les reporters sont donc réduits à de simples pions de combat pour pallier les dépenses qu’engendrent une guerre mais aussi pour maintenir une aura de mystère et de tension tout autour d’eux. “Cependant il ne faut pas oublier que la prise d’otage est aussi un moyen de pression pour obtenir des avancées géopolitiques. Les groupes armés comme Daech ne peuvent pas lutter contre nos rafales ou nos armées, kidnapper des journalistes est une arme comme une autre“, rappel Damien Vercaemer.

Vingt-cinq jours dans l’ombre

Sous une burqa, Michel Peyrard s’était introduit en Afghanistan en 2001. Malgré le voile intégral qui recouvrait son visage “d’ennemi“, ce journaliste de Paris Match a été emprisonné en 2001. “En me levant j’ai ressenti une sensation étrange qui me disait de ne pas y aller. L’instinct est souvent le meilleur ami de l’homme mais nous ne l’écoutons pas assez“, confie l’ex détenu. Accusé d’espionnage, il a échappé de peu à la peine de mort, mais le souvenir de ces jours soumis à la volonté d’autrui ne le quitte jamais: “Même si les conditions de mon emprisonnement étaient acceptables, contrairement à d’autres journalistes qui ont vécu cette situation, rien n’est plus comme avant. Après une telle expérience on se rend compte la chance que l’on a d’être libre et vivant. Le goût du premier café au matin n’a jamais été aussi bon“.

 

Ilaria Congiu

Écrit par IEJ3A