La période de Noël : un cadeau pour les associations

En France, les associations misent énormément sur la période de Noël, particulièrment favorable aux dons. Après une année 2016 marquée par une actualité oppressante, la générosité des Français devrait battre des records. 

Depuis qu’elle est retraitée, Gabrielle consacre une grande partie de son temps aux autres. Cet après-midi de décembre, c’est pour le Secours Populaire qu’elle emballe les cadeaux des clients sortant du magasin Fnac, à Paris, place d’Italie. « D’habitude, je suis chargée de l’accueil des gens en situation de grande précarité, mais la période de Noël nécessite beaucoup de bénévoles, les tâches changent« , confie-t-elle entre deux emballages. L’emplacement est stratégique et les clients sont nombreux à attendre devant le stand. D’ailleurs, entre celui-ci et celui positionné devant le magasin Fnac de Paris Saint-Lazare, une vingtaine de milliers d’euros devraient être récoltés, estime Gabrielle. Une belle somme qui ne serait pas atteinte sans l’aide des bénévoles qui, comme Gabrielle, n’ont pas toujours été dans l’humanitaire. « Avant d’être à la retraite, je ne prenais pas le temps de m’occuper des autres, je donnais bien sûr, mais je ne m’investissais pas autant, reconnaît-elle. Aussitôt retraitée, j’ai rejoins le Secours Populaire. Cela me paraît normal d’aider mon prochain lorsque l’on a du temps à consacrer. » Ce jour-là, aucun des clients n’a manqué de laisser quelques euros dans la tirelire de l’association. A la mi-journée, celle-ci était déjà bien remplie. 

On estime que les Français donneraient plus de 2 milliards d’euros par an aux associations et fondations – soit 65 euros de don chaque seconde en moyenne selon le site Planetoscope. Mais la fin d’année constitue une période privilégiée : l’étude de l’Observatoire France Générosités, publiée début 2015, a en effet révélé qu’en 2014, 42% des dons ont été faits sur le troisième trimestre, dont la moitié sur le mois de décembre.

Depuis plus de 20 ans, Handicap International propose son fameux sac à sapin en période de Noël. Cet incontournable des fêtes de fin d’année prend place dans les foyers et continue de faire rimer pratique et générosité. Ce produit solidaire, géré de A à Z par l’ONG, se vend à plus de 10 millions d’exemplaires et permet de récolter plus de 15 millions d’euros. Ces recettes permettent à l’association de financer l’ensemble de ses actions sur le terrain. 500.000 sacs à sapin sont vendus chaque année, ce qui engendre 750.000 € de bénéfices sur l’année pour l’association. Ainsi, en plus des aides humanitaires au niveau mondial, cet argent récolté permet à 20 personnes handicapées d’obtenir un emploi sur la durée d’une année.

Cette année, Handicap International est aussi en partenariat avec la fondation IKEA. Jusqu’au 24 décembre 2016, l’opération « A vous de jouer », permet de récolter des jouets destinés aux enfants vivant dans des camps de réfugiés, au Pakistan, Bangladesh et en Thaïlande. Dans le cadre de cette action « Growing Together » (Grandir Ensemble), la fondation IKEA reverse 1€ au projet.

Pour la première fois cette année, le Secours Populaire a innové en déposant 400 tirelires chez les commerçants parisiens. Cette opération, initiée mi-octobre, a été lancée dans le cadre de l’initiative des Père Noël verts. Une démarche qui permet depuis 40 ans de récolter des fonds pour financer l’achat de jouets neufs qui seront distribués lors d’un événement spécial. En 2015, grâce à cette initiative, 300 jouets neufs ont pu être distribués et offerts aux enfants du Secours populaire de Paris. Pendant une semaine, plus de 2.000 enfants et leurs familles sont invitées à la Hotte du Père Noël vert au siège de la fédération parisienne du Secours populaire. Au programme : distribution de jouets neufs pour les petits, animations, atelier photo, atelier maquillage et goûter pour tout le monde ! Le Père Noël aurait également prévu de passer…

Apaiser l’horreur par la générosité

Certes, nous préférons tous bénéficier de la générosité plutôt que la pratiquer, ironise Jérôme Morrel, sociologue et intervenant à l’université. Néanmoins, « les fêtes de fin d’année nous invitent à servir les autres, à faire des cadeaux, rappelle-t-il. Il s’agit ici d’une période exceptionnelle dans l’année. » De quoi inciter les consommateurs à se mobiliser. Gabrielle, engagée auprès du Secours Populaire, admet également que la période de Noël est propice aux dons : « Les gens sont en vacances et peut-être plus apaisés, analyse la bénévole. A moins que ce soit un moyen pour eux de se déculpabiliser de ne pas avoir aidé les gens dans le besoin au cours de l’année. »

Indépendamment de la période des fêtes, 2016 a malgré tout été une période faste pour les associations, même les plus petites. Un phénomène que Jérôme Morrel explique par les atrocités survenues sur le territoire ainsi que par les douloureuses images provenant du monde entier. « Cet été, les dons pour les réfugiés ont été très nombreux, précise le spécialiste. Je pense que les associations vont bénéficier d’un afflux d’argent cet hiver, notamment avec la terreur régnant à Alep. » En effet, l’actualité dense et dramatique de l’année 2016 ne peut qu’accentuer la part de générosité en chacun. « Depuis les attentats sur le territoire, les Français se penchent davantage sur ce qu’il se passe à côté. Il y a une certaine prise de conscience. » En cette période de fêtes, les associations et fondations comptent beaucoup sur le dernier élan de générosité des Français.

Audrey Scoup et Clément Béziat

Écrit par iejpedago