La musique comme remède

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Les Français sont tristement connus pour être les plus gros consommateurs d’antidépresseurs au monde. Ainsi, 1 Français sur 4 en aurait déjà pris au cours de sa vie. Pourtant, certains se refusent encore à accepter ces prescriptions sans d’abord essayer d’autres méthodes. C’est le cas d’Eloïse, qui après avoir été suivie par un psychiatre durant plusieurs mois, a décidé de laisser une chance à la musicothérapie pour soigner ses maux invisibles.

11h20, un jeudi matin. Depuis six semaines, à sa pause, Eloïse parcourt le même chemin. Ligne 10 dans un métro presque vide, de la Sorbonne, où elle étudie les lettres, au 16ème arrondissement de Paris, où elle s’étudie elle-même. Elle a rendez-vous chez son musicothérapeute. “Mon père a longtemps pris des antidépresseurs. Ma mère l’a suivi, et pourtant, je ne les ai jamais vus aussi tristes et vides qu’à cette époque-là”, confie-t-elle dans la petite salle d’attente.

À 24 ans, la jeune femme s’est vue prescrire du Citalopram, un médicament utilisé pour soigner les troubles de l’anxiété. Mais elle n’a jamais entamé sa première boîte. Persuadée d’être encore trop jeune pour cela et profondément peinée à la vue de ses parents, Eloïse a décidé de laisser sa chance à la musique, comme remède, pour comprendre le mal qui la rongeait petit à petit depuis septembre 2015.

« Ma gorge s’est serré. J’ai pleuré. »

Son mal-être, elle le raconte ainsi : “Je ne sais plus comment c’est venu, si c’est venu progressivement, ou tout à coup, mais un jour je me promenais dans la rue et je me suis sentie étouffée. Comme si on serrait une écharpe autour de ma gorge, lentement, même lorsque j’étais nue. Et ce sentiment ne m’a plus jamais quitté”.

Après avoir fait plusieurs examens médicaux, pour tenter d’expliquer ce sentiment d’oppression qu’elle ressentait, les généralistes l’ont dirigé vers un psychiatre qui l’a diagnostiquée en quelques heures : Eloïse souffrirait de troubles de l’anxiété. Un mois après, elle reçoit sa prescription.

En rentrant dans son petit studio de 12m2, elle ouvre la seule fenêtre de l’appartement, donnant sur la cour. Cette sensation dans sa gorge et sa poitrine ne la quitte pas. Sa cage thoracique se comprime, “vraiment très, très lentement et douloureusement”, comme elle l’explique. C’était devenu une douleur permanente et tout l’air qu’elle inspirait n’y changeait rien. Jusqu’à ce qu’elle commence à voir un musicothérapeute. Après trois séances, ils ont réussi, ensemble, à trouver la cause de cette souffrance, non seulement physique, mais mentale. “C’était incroyable”, se rappelle-t-elle, “j’étais assise sur le grand pouf rouge. Mon thérapeute me faisait écouter plusieurs sons relaxants, puis soudainement, je me suis crispée lorsqu’il a mis un son d’eau. De vagues. Il l’a vu, ou l’a senti, et a mis plus fort. J’ai commencé à paniquer. Ma gorge s’est serrée. J’ai pleuré”. Eloïse est passée par plusieurs émotions en l’espace de quelques secondes. Le son de l’eau, était son angoisse et elle en était jusqu’alors inconsciente.

Revivre sa noyade

Au fil des séances, et des écoutes d’eau qui ruisselle, Eloïse est plongée dans un état proche de l’hypnose. Elle se concentre sur ces sons, qui au début, la paniquaient, pour se remémorer des détails de son passé. Des souvenirs qui inconsciemment, la hantaient encore au quotidien. “Ça m’est revenu. J’ai manqué de me noyer en vacances en Bretagne lorsque j’avais 3/4 ans. J’ai bu la tasse tellement de fois que j’avais l’impression que mes poumons étaient remplis d’eau et que le sel les grignotait”, raconte-t-elle, ses mains joignant sa gorge. Le thérapeute lui a alors donné une explication, qui lui semble plausible, plus elle y pense. Tous les jours, des bruits d’eau s’immiscent dans sa vie sans qu’elle n’y prête attention : l’eau du robinet lorsqu’elle se brosse les dents, l’eau de la douche, les bruits des canalisations, la pluie ou tout simplement le ronronnement de la cafetière. Inconsciemment, elle revit sa noyade. C’est cela qui lui cause cette sensation d’étouffement, d’oppression.  “Aujourd’hui, je comprends d’où vient le poids sur mes épaules. Ce qu’il me reste à faire”. Elle marque une pause, et se tourne vers son thérapeute. “Ce qu’il nous reste à faire maintenant, c’est de comprendre ce qui a déclenché cela après tout ce temps. Mais je suis déjà tellement plus apaisée, c’était presque inespéré”.

Marc Perrotin est un artiste lyrique professionnel qui s’est formé en musicothérapie à l’université de Paris-Descartes. Il propose d’accompagner des personnes dans une reconstruction de soi en utilisant sa voix.


5 questions à un musicothérapeute avec Marc… par IEJNews

 

Sofia De Sá Pereira

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Écrit par Sofia Desapereira