Issus de la culture underground et s’inspirant des mouvements berlinois, des collectifs émergent partout en île de France ces dernières années. Un objectif en tête, se réapproprier toute sorte de lieux pour y faire la fête le plus librement possible.

Visite du hangar de Pantin

Loin des célèbres clubs parisiens, Lucien est organisateur de soirées indépendantes. À 31 ans, il prospecte pour plusieurs collectifs parisiens à la recherche de nouveaux lieux susceptibles d’accueillir ces fêtes sauvages. Hangars, sous-sols, terrains vagues… Le choix est vaste. Il connait la capitale et sa banlieue comme sa poche. « Dès qu’un endroit me parait bizarre, je vais voir ce que ça donne, mais le plus souvent c’est un coup du hasard » avoue-t-il. Ce soir là, il va vérifier un entrepôt à Pantin, dont il a entendu parler. « Je dois m’assurer de la dimension du lieu et de ses points d’accès, pour voir ce qu’on peut en faire ». Le hangar en question est planté au milieu d’autres bâtiments recouverts de graffitis. Il passe à travers le grillage découpé qui entoure la structure, quand son téléphone sonne pour la 20ème fois de la soirée. C’est un jeune DJ qui cherche à intégrer l’agenda de ses soirées à venir. Mais en hiver, la saison est calme pour ces marginaux. Lucien prépare plutôt l’été à venir.

Les  problèmes avec la police et la mairie de Paris sont réguliers et les lieux doivent se renouveler en permanence. « Des espaces abandonnés comme celui là il y en à partout à Paris. Les artistes et les Parisiens en général manquent d’espaces pour faire la fête. Nous, on réhabilite ces espaces et on y créé des événements qui répondent à leurs besoins ». Malgré de nombreuses tentatives, la mairie de Paris ne coopère quasiment jamais dans ses recherches.

La lourde porte coulissante du hangar s’ouvre sans trop de difficultés et Lucien commence son inspection au milieu de palettes en bois et de bouteilles de bières vides. « Là, si on met une table avec des tréteaux et un soundsystem on peut se lancer juste comme ça » explique-t-il. C’est avec peu de moyens que Lucien et les collectifs avec qui il travaille offrent à leur public un lieu de fête pour tous et pas cher. « On ne fait pas comme les clubs. Tu vois l’entrée ? Bah nous on ne refuse personne. On a de tout, de la petite meuf branchée au gros dégueulasse, de l’artiste fauché au père de famille ». Dans ce hangar de Pantin, il tente d’imaginer où il pourrait accueillir les installations des artistes qu’il affectionne.

Au bout d’une trentaine de minutes d’un examen minutieux, pourtant, Lucien tranche : le lieu ne convient pas, il y a trop d’accès. « si chez nous il n’y a pas de distinctions et que tout le monde rentre, il faut quand même garder une part de contrôle pour éviter des incidents comme on en a déjà connu par le passé ». En désignant le toit qui trône une quinzaine de mètres au dessus de sa tête il explique aussi que l’isolation n’est pas suffisante. Lucien n’a aucune envie de voir débarquer la police coutumière de saisie de matériel, s’élevant parfois à plusieurs milliers d’euros.

« Le Renouveau » de la fête – Documentaire par Utopie Tangible

Hugo Gallet

Écrit par Hugo Gallet