La lente agonie d’iTélé

La chaîne d’information en continu se relève très difficilement après une fin d’année 2016 mouvementée. Les journalistes, vent debout contre les choix du propriétaire Vincent Bolloré, avaient fait grève durant 31 jours. 

Deux mois et demi après la fin d’une grève historique, iTélé se trouve dans un état catastrophique. En effet, la quasi-totalité de la rédaction a décidé de plier bagage, et la dernière victime n’est autre que l’icône de la chaîne, Laurence Haïm. Le 11 janvier dernier, sur son propre compte Twitter, la correspondante, présente aux Etats-Unis depuis 23 ans, annonçait qu’elle quittait iTélé pour rejoindre l’équipe de communication d’Emmanuel Macron. Au total, ce sont presque 100 journalistes, sur les 120 qui composaient la rédaction, qui ont décidé de partir. « C’est dommage de voir (la chaîne) dans cet état aujourd’hui », a réagi Thomas Hugues dans Télé-loisirs. Le journaliste, passé par la chaine entre 2006 et 2008, dresse un constat alarmant : « J’ai le sentiment d’un énorme gâchis. »

Depuis le mouvement de grève, plusieurs polémiques sont venues entacher encore plus l’image de la chaîne. Celle-ci a par exemple décidé de maintenir l’émission de Jean-Marc Morandini à l’antenne. Un choix qui fait débat, la présence de l’animateur étant une des causes de la grève survenues en novembre dernier. Ce dernier est accusé de corruption de mineur et a été mis en examen. La rédaction n’a pas non plus apprécié l’annonce de l’arrivée de Jean-Pierre Elkabbach, débarqué d’Europe 1. Décision qui a fait polémique étant donné l’âge avancé du journaliste politique.

Laurence Ferrari surnommée « bolo-niaise »

Dans la rédaction, l’ambiance est morose. Selon une source interne, celle-ci est divisée. Les grévistes sont mis à l’écart et sont petit à petit poussés vers la sortie. Laurence Ferrari, qui avait décidé de ne pas faire grève, se ferait désormais appeler « bolo-niaise » dans les couloirs de la rédaction. Pis encore, la censure est désormais présente. En effet, selon la rédaction du média web « Les Jours », le directeur de la rédaction, Serge Nedjar, aurait ordonné à sa rédaction de ne pas évoquer l’affaire Penelope Fillon à l’antenne. Ainsi, mercredi 25 janvier, entre 7h et 11h du matin, pas un mot sur l’affaire. Un ordre qui viendrait directement du patron de la chaîne, Vincent Bolloré.

La suite s’annonce tendue à la chaîne. Cette dernière est censée changer de nom et se faire appeler CNews. Un changement sans arrêt reporté qui risque de ne pas suffire pour relancer la machine.

 

Arthur Weill

Photo : le président de la SDJ d’iTELE, Antoine Genton, s’adresse au personnel de la chaîne, le 25 octobre 2016 à Boulogne-Billancourt © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP

Écrit par iejpedago