La guerre contre Daesh pas encore terminée

Panavia Tornado GR4 (Royaume-Uni) chargé pour une mission au dessus de la Syrie et de l’Irak (Crédit photo : flickr)

Emmanuel Macron a déclaré dimanche que la guerre en Syrie contre le groupe Etat islamique serait «gagnée d’ici mi, fin février» au plus tard. Une déclaration à nuancer.

Ces derniers jours, nombreux sont les chefs d’états ayant annoncé la fin prochaine de la guerre contre l’état islamique. Pour un certains nombres d’experts, le groupe terroriste a entamé sa mue.

«On a mis fin à Daesh en Syrie et en Irak, mais cela ne veut pas dire qu’on a mis fin à son influence idéologique et politique», relève Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS sur le plateau de LCI. Selon lui, les terroristes sont encore présents sur place : «Daesh existe toujours, dans des zones désertiques en Syrie mais aussi dans certaines provinces d’Irak, dans des poches de territoires d’où ils parviennent à commettre des attentats». Le 9 décembre dernier, le Premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi, avait pourtant annoncé «la fin de la guerre» contre l’organisation État islamique sur le territoire. Occupé depuis 2014, les forces irakiennes et kurdes, aidées par la coalition internationale menée par les États-Unis, étaient parvenues à chasser Daesh occupant près d’un tiers du pays. Même si les djihadistes ne contrôlent plus que quelques villages dans l’est syrien, des parcelles désertiques dans le centre, et deux quartiers en périphérie de Damas, ils restent bien présents, toujours mieux cachés.

«Daesh est défait sur le plan national, en tant qu’Etat. Mais il n’a pas disparu, il ne s’est pas évaporé. A un moment donné, on estimait à 60.000 le nombre de ses combattants. Ils n’ont pas tous été tué…» ajoute Karim Pakzad.

Un avis partagé par l’ancien sous-secrétaire américain à la Défense chargé du renseignement de 2011 à 2015 Michael Vickers, «malgré la perte de son califat physique, il n’y a aucun signe prouvant que cette guerre est terminée», avait-il assuré mercredi 13 décembre, au cours d’une conférence à Washington. Les groupuscules composés par Daesh sont rassemblés autour d’une idéologie, ce qui rend le combat encore plus compliqué. Défaire ce genre d’insurrection prend du temps, dix ans voir plusieurs décennies. Le 11 décembre dernier le New York Times publiait un autre témoignage appuyant cette analyse peu rassurante : Ernest Barajas Jr, ancien démineur des Marines, qui participe au nettoyage des zones libérées de l’EI, affirme que de nouveaux mouvements djihadistes «répandent désormais leur savoir dans le monde entier (…) en Afrique, aux Philippines».

Des attentats toujours a craindre

«Même s’il n’a plus de capitale ou de territoire, le groupe Etat Islamique reste la bannière, le drapeau, le porte-étendard sur lequel des attentats sont organisés un peu partout à travers le monde» explique le journaliste, Etienne Leenhardt sur le plateau du 20h de France 2.

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L’État islamique était jusqu’ici installé sur un territoire à cheval entre la Syrie et l’Irak. Le fait de gagner la guerre ne signifie pas qu’il en est fini de Daesh. Communiquer sur ce dossier est délicat. Annoncer la fin d’une guerre sur un territoire ne doit pas s’apparenter à l’annonce de la fin des attentats. «Si je vous dis ‘dans deux mois c’est la fin de la guerre contre Daesh en Syrie’, vous allez peut-être le comprendre comme ‘C’est la fin des attaques terroristes que l’organisation a menées depuis plusieurs années’». En d’autres termes, le président de la République annonce la fin de Daesh en tant qu’organisation constituée, avec son territoire, avec ses chefs, ainsi que ses capacités opérationnelles, mais la guerre face à l’idéologie islamiste est encore une autre affaire.

Marie Bloème

Écrit par IEJ3B