Kid Cudi exorcise ses démons avec « Passion, Pain & Demon Slayin' »

« Passion, Pain & Demon Slayin« , le dernier album de Kid Cudi sort ce 16 décembre. Comme une délivrance pour un magicien désenchanté depuis trop d’années.

Pourquoi, avec son « Passion, Pain & Demon Slayin‘ », Kid Cudi a-t-il tant l’air d’un revenant ? Pourquoi, alors que depuis 2013 et « Indicud » le natif de Cleveland a systématiquement sorti un album par an (« Satellite Flight: The Journey to Mother Moon » en 2014 puis « Speedin’ Bullet 2 Heaven » en 2015), le monde de la musique semble cruellement manquer de sa présence? Peut-être parce que depuis le succès des opus de « Man On The Moon I & II » sortis en 2009 et 2010 le chanteur traverse les années comme un fantôme. Humainement et de manière indissociable, artistiquement. Déjà, « Indicud« , qui marquait un retour après 3 ans d’absence, n’était pas franchement convaincant, dans la foulée « Satellite Flight » n’a pas transcendé les foules non plus. « Speedin’ Bullet 2 Heaven » lui, a définitivement décroché les fans de sa navette spatiale.

Speedin’ Bullet 2 Heaven (2015)

Dans le magazine américain Complex,  le journaliste Chris Mench revient sur cet album et explique qu’avec « moins de 20,000 exemplaires vendus la première semaine, c’était le premier vrai flop de sa carrière ».

Rongé par la dépression

Mais le mal est plus profond qu’un simple échec artistique. Mélissa Sadji, rédactrice sur le rap américain pour le site Hip Hop Reverse tente de cerner le cas Kid Cudi : « Son problème, c’est que l’on ne sait plus trop quoi dire de lui… Sa musique est devenue « bizarre » dans le sens où ses derniers projets portent à confusion. Tu peux tout simplement te dire que c’est mauvais, mais en connaissant le personnage tu peux aussi te demander s’il ne fait pas exprès d’amener cette confusion ».   

Il y a deux mois, « Mr. Solo Dolo » a laissé transpirer tout son mal-être sur les réseaux sociaux. D’abord laissant quelques messages implicites pouvant être interprétés comme des pensées noires, puis en rédigeant un long message sur son profil Facebook, confessant son grave état de santé et son entrée en centre de désintoxication pour dépression et pulsions suicidaires. 

« L’anxiété et la dépression ont gouverné ma vie aussi longtemps que je me souvienne« , raconte-t-il notamment dans cette lettre déchirante.

Sa musique a toujours été la réverbération directe de son état de penser. C’est d’ailleurs ce qui a contribué à tisser la forte relation que Cudi entretient avec sa fanbase depuis sa toute première mixtape « A Kid Named Cudi » (2008). Une thèse qu’étaye Mélissa Sadji : « Sachant que sa vie est un peu « Fucked Up » entre la drogue et les soucis avec sa baby mama (la mère de ses enfants, dont la justice lui a ordonné de plus s’approcher), et qu’il a toujours voulu faire transparaître ses émotions dans sa musique il le fait finalement plutôt bien puisqu’on on est aussi perdu que lui ». Voilà qui est susceptible d’expliquer ce déroutant virage grunge/rock distordu… 

Cover de l’album « Passion, Pain & Demon Slayin' » sorti ce vendredi 16 décembre.

L’enfant de Kanye West

Ce qui est particulièrement déroutant dans ce naufrage, c’est d’un point de vue artistique. Instable et mélancolique, Kid Cudi l’a toujours été. Même à son prime lorsqu’il envoûtait les adolescents de son « Pursuit of Happiness«  ou électrisait les nuits avec un « Day ’N’ Nite » remixé par les Crookers. Mais son travail était remarquablement dans l’ère du temps, presque en avance. Kid Cudi, c’était l’époque et la créativité dans toute sa beauté. « Toute cette vibe actuelle c’est lui« , assure Mélissa Sadji, « Il a beaucoup plus apporté à cette génération que n’importe qui d’autre« . Difficile de la contredire sur ce point. Les sonorités des « Man Of The Moon I & II » résonnent encore aujourd’hui.

Ce n’est pas Travis Scott, rappeur/producteur en vogue, chez qui l’on peut retrouver les voix caressées par l’autotune qui dira le contraire. « C’est mon artiste préféré de tous les temps », a confié l’intéressé sur scène à l’issue d’une performance marquante aux côtés de Kid Cudi sur la scène du ComplexCon. « J’ai grandi avec ce « motherfucker«  ». Travis Scott est d’ailleurs présent sur la tracklist de « Passion, Pain & Demon Slayin’ » avec le morceau « Baptized in fire ».

Scott Mescudi alias Kid Cudi est de l’école Kanye West (de 2008 à 2013 il était signé chez GOOD Music, label de Kanye), de ceux qui flirtent avec la controverse, parfois à y perdre pied. Au point de s’en prendre à son mentor, et à Drake dans la foulée, qui a actuellement les fesses posées sur le trône qu’il a un temps occupé. Cudi leur reproche leurs statuts usurpés du fait qu’ils utilisent « une trentaine de personnes » pour construire une chanson. Mauvaise technique. D’abord parce qu’elle entrainera Drake à le piquer sur sa dépression dans « Two birds one stone« , mais surtout parce que c’est un aveu clair de frustration.

Quand Kanye et Cudi, tous deux aux sommets, croisaient le fer sur « Welcome to Heartbeak » : 

Heureusement, l’animosité entre Kanye et son poulain ne s’éternisera pas, et les deux se soutiennent désormais publiquement et artistiquement. Un rabibochage qui signifie beaucoup pour une éponge à émotions comme Kid Cudi. Le chanteur aperçoit à nouveau la surface. Aujourd’hui le public va pouvoir découvrir sa dernière réalisation.

« Surfin » deuxième extrait de l’album, aux côtés de l’ambassadeur du « feel good » Pharrell Williams : 

Un projet dense (19 titres), solidifié par des collaborations pertinentes (notamment Travis Scott, le virtuose Andre 3000 du groupe Outkast ou encore l’homme à tout faire Pharrell Williams). Les extraits déjà sortis n’ont pas balayé tous les doutes mais rassurent sur la direction artistique du projet. Suffisant pour se débarrasser de ses démons ? Le peuple n’attend que ça.

Tom Lansard

Écrit par iejpedago