Francis Heaulme reconnu coupable du double meurtre de Montigny-lès-Metz

C’est la troisième fois que Francis Heaulme écoute un verdict qui le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité.Il s’agit de la troisième condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité pour Francis Heaulme.

Impossible de savoir si, sous son masque de cire, il est concentré ou perdu dans ses pensées. Le président, Gabriel Steffanus, l’interpelle : «M.Heaulme, avez-vous un dernier mot à ajouter pour votre défense ?». L’accusé déploie alors sa longue silhouette, tourne son visage au teint d’une pâleur maladive face au micro et prononce d’une voix butée : «Oui Monsieur le président, Montigny ce n’est pas moi». Il prend soin de détacher chaque syllabe. Finalement, ce mercredi, après trois semaines de débats, ses derniers mots sont identiques aux premiers: une formule usée jusqu’à la corde tant il l’a répétée, martelée devant la cour d’assises de la Moselle. Les jurés qui partent délibérer devront s’accommoder de ce constat : Francis Heaulme est resté indéchiffrable, aussi avare en mots qu’en émotion.

Il fait appel à l’issue du procès de plus de trois semaines. C’est le cinquième pour ce tueur en série, déjà condamné deux fois à perpétuité pour neuf meurtres commis entre 1984 et 1992, dans au moins huit affaires au total en France. Surnommé le « routard du crime » pour son parcours meurtrier, l’homme âgé de 58 ans a été arrêté le 7 janvier 1992 en Alsace et est depuis incarcéré à la prison d’Ensisheim, dans le Haut-Rhin.

Un récit sans fin

Plus qu’un verdict, c’est un épilogue que l’on attend, on pensait qu’il s’agissait d’un récit sans fin. Voilà trente ans que la justice essaie de résoudre l’énigme du double meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, tués à coups de pierres, le 28 septembre 1986. C’était un dimanche ensoleillé à Montigny-lès-Metz, à l’époque où les herbes folles n’avaient pas envahi les voies ferrées de la SNCF, où la rue Venizelos n’était pas encore goudronnée et où les enfants jouaient à cache-cache entre les wagons de marchandises. En fin d’après-midi, les rires se sont tus. Deux petits vélos sont restés abandonnés au pied du talus. Leurs propriétaires ne les ont jamais récupérés. «Ecrasement de la boîte crânienne», a dit le légiste. Voilà trente ans que les familles cherchent le meurtrier, qu’elles sont ballottées par la justice d’un coupable à un autre. Elles ont tout entendu : accusé, acquitté, mis en examen, non-lieu. Elles ont vu défiler les noms : Dils, Leclaire, Heaulme. L’adolescent introverti, le manutentionnaire aux neuf crimes.

Un homme imprévisible

Le routard du crime » sort de son box de verre dans un pantalon beige trop grand et une polaire bleu marine. Un grand corps un peu mou qui ne bouge pas.

Se vérifie alors ce que dira plus tard, ce mardi 9 mai, l’ancien gendarme Jean-François Abgrall : Francis Heaulme n’est pas un homme qu’on questionne, ça le braque. Le président parle tout seul :

« Pourquoi vous tuez tous ces gens ? On a neuf meurtres, là. Des enfants, des adolescents, des femmes, des personnes âgées… Pourquoi ? Ils ne vous ont rien fait. Qu’est-ce qui vous prend ? Un quart d’heure avant, vous n’avez pas en tête de les éliminer ? »

Francis Heaulme répond : « je sais pas », « je suis incapable de vous dire ». La plupart du temps, le président remarque qu’il tue seul. Heaulme rectifie, dans certains cas il avait des complices. Mais alors, y-a-t-il « un mobile », une raison ? Celle-là peut-être :

« On se moque de moi, on se moque de moi ».

Gabriel Steffanus trouve que ce n’est « pas logique », toutes ces « scènes de crime », ce « comportement totalement désorganisé ». Francis Heaulme baragouine : « L’alcool… » C’est tout, le reste, il dit : « Je sais pas, je sais pas ». Et de temps en temps, il place : « Montigny-lès-Metz, c’est pas moi », et puis « y’a pas neuf meurtres, c’est pas possible ».

Le gout du sang dans la bouche

Si, il y a bien neuf meurtres. Le président de la cour d’assises les détaille. Une femme de 86 ans tuée de 51 coups de couteau, découverte baignant dans son sang. Une jeune fille de 17 ans retrouvée avec un sillon de strangulation de 17 centimètres. Une employée de 26 ans défigurée par les coups portés au visage, la boîte crânienne défoncée. Une autre laissée au bord d’un champ de luzerne le foie éclaté, le nez fracturé, les lèvres écrasées, à coups de poings et de pieds. Un petit garçon de 9 ans, étranglé à mains nues, découvert avec pas moins de 83 lésions sur le corps. Une adolescente de 14 ans morte après une longue agonie après 17 plaies à l’arme blanche. Le président parle d’un « acharnement excessif, qui va au-delà du fait de vouloir donner la mort ». Gabriel Steffanus cherche du sens là où il n’y en a plus.

Ce que le gendarme Jean-François Abgrall a mieux compris que lui. Enquêteur à la section de recherches de la gendarmerie de Rennes en 1989, il a interrogé Francis Heaulme à plusieurs reprises. Le 14 mai 1989, il a découvert à Brest le corps d’une aide-soignante de 49 ans qui prenait un bain de soleil pendant sa pause, sur une plage en bordure d’un port de plaisance. Francis Heaulme l’a tuée. Trois coups de couteau, un dans la gorge jusqu’à la base de l’oreille, un autre dans les reins, et le dernier dans le sternum. Francis Heaulme vit alors dans un foyer Emmaüs à 800 mètres de là. Il est retrouvé en Normandie un mois plus tard. Jean-François Abgrall le tutoie, l’appelle « Francis », il l’interroge sur son parcours. Le « routard du crime » invente qu’il a fait l’armée, qu’il a appris à tuer des sentinelles.

 

Heaulme va faire appel

Francis Heaulme a demandé à son avocate de faire appel de sa condamnation par la cour d’assises de la Moselle. Me Glock a montré la lettre de son client aux journalistes présents au tribunal. « Je ferai donc appel demain », leur a-t-elle indiqué.Plus de 30 ans après les faits, un second procès pour juger de la culpabilité ou non de Francis Heaulme dans les meurtres de de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, se déroulera devant une cour d’assises d’appel. La réclusion criminelle à perpetuité a été requise ce mercredi matin au procès de Francis Heaulme pour les meurtres de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986.

Déjà condamné à 9 reprises

Francis Heaulme, 58 ans, a déjà été condamné pour neuf meurtres, dont deux fois à la perpétuité, pour ceux d’une adolescente et d’un enfant de 9 ans. Il a obtenu un non-lieu et un acquittement dans deux autres affaires.

Insoluble double meurtre d’enfants

  1. Heaulme est jugé depuis le 25 avril. Il est accusé d’avoir tué, le 28 septembre 1986, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, à coups de pierre sur un talus SNCF de Montigny-lès-Metz.

Après un peu plus de deux heures de réquisitoire, l’avocat général Jean-Marie Beney et le substitut du procureur Brigitte Harmand-Colette ont demandé aux jurés de ne pas s’attacher au manque d’aveux de l’accusé, qui a répété, en boucle: «Montigny, c’est pas moi».

« Nous nous passerons des aveux »

«Nous nous passerons d’autant plus volontiers de ces aveux que nous savons que les aveux peuvent fausser le raisonnement. L’absence d’aveux est une manière d’aggraver la douleur des familles, mais ca n’est pas une façon d’égarer la justice», a conclu M. Beney, après avoir listé les éléments concordants qui, selon lui, démontrent sans l’ombre d’un doute, la culpabilité de Francis Heaulme.

« Alexandre c’est vous, Cyril, c’est vous »

Il est notamment revenu sur les multiples déclarations de l’accusé – qui a reconnu être monté sur le talus, sur les similitudes avec ses autres crimes, et sur sa personnalité.

«Vous mettrez tous ces éléments en perspective, en ne vous laissant pas aveugler par un quelconque rideau de fumée qui viserait à obscurcir votre raison», a-t-il dit en direction des jurés.

«A l’issue d’un raisonnement rigoureux, vous rendrez une décision motivée», a-t-il poursuivi. «Francis Heaulme vous dit ‘Montigny, c’est pas moi’. Par votre juste verdict, vous lui direz ‘Alexandre c’est vous, Cyril c’est vous’ et au nom de de l’intérêt général, vous prononcerez la peine de réclusion criminelle à perpétuité».
Frise chronologique de l’affaire du double meurtre de Montigny-lès-Metz
Story Map De Francis Heaulme

Écrit par Wallis Reboul-Valais

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