Joël Cassiaguerra : un homme qui vous veut du bien

Joël Cassiaguerra, 53 ans et déjà récompensé par le trophée de l’économie sociale et solidaire en 2013, voit son engagement social comme un vrai projet politique, une forme de résistance au consumérisme actuel. Portrait.

Le rendez-vous est pris dans une boulangerie, « Au Duc de La Chapelle », située dans le 18ème arrondissement de Paris. On reconnaît Joël Cassiaguerra au premier coup d’oeil. Un léger embonpoint, son bonnet fétiche, gris et délavé sur la tête, il a ce petit quelque chose qui force la sympathie.

Dans sa main droite, un expresso dont les effluves de fumée s’échappent du gobelet ; dans la gauche, une cigarette à peine roulée. Avec sa doudoune grise et son jean bien usé par le temps, Joël, d’apparence, ne ment pas. Son œuvre le confirme. Aujourd’hui, il doit rejoindre Claude, un autre habitant du quartier, avec lequel il va planifier le prochain samedi de « la bonne tambouille » .

Ce collectif amical et associatif, dont il est responsable, propose chaque mois un événement place Mac Orlan, dans le 18ème. Joël, en petit père des peuples, se passionne pour les quartiers populaires. Chaque endroit défavorisé est un nouveau moyen, pour lui, de créer de nouveaux projets basés sur une économie sociale et solidaire.

Pour Karen, la boulangère, Joël a sauvé son quartier : «On parle souvent en mal du 18ème, mais depuis que Joël a développé cette association, j’aime de plus en plus vivre et travailler ici ». Joël parle beaucoup mais reste discret sur ce qui l’a personnellement amené à consacrer sa vie aux autres : « L’histoire est simple, je viens moi-même d’un quartier populaire. Quand on grandit en étant témoins d’injustices, on est tout de suite plus sensibilisé à la question.».

Première association à 16 ans

Originaire de Pau, il travaille d’abord dans le milieu ouvrier. Embauché à l’usine Courrèges à Paris dans les années 1970, il est obligé de s’installer dans le 19ème arrondissement de la capitale. En 1999, il y crée l’association de quartier ALINEA afin d’organiser des fêtes et des animations locales autour de la distribution de produits maraîchers pas chers et de bonne qualité.

Ce sens de l’engagement, il le nourrit depuis l’adolescence : il fonde sa première association à l’âge où d’autres préfèrent courir les filles : « Le but était de créer un lieu et d’organiser un espace pour les jeunes avec de la musique afin de proposer des sorties et des voyages. »

Aujourd’hui, il gère aussi l’association « La Grosse Patate », qui naît de cet élan d’utopie juvénile. « Au départ c’était un groupe de jeunes qui voulaient partager leurs idées dans un espace à eux». Grâce à cette initiative s’anime la vie d’un quartier populaire aux teintes autrefois sinistres ; et dans lequel s’organise à présent des ateliers (réparation de vélo, cuisine, poterie, danse…). Toujours ouvert sur les autres, la Grosse Patate a aussi pour vocation d’aider les habitants dans des projets plus personnels. C’est, d’ailleurs le métier « officiel » de Joël : accompagnateur de projets.

Homme de gauche, recherche simplicité

Après avoir abandonné le monde ouvrier pour se consacrer au milieu associatif, il suit une formation dans les années 1980 pour devenir éducateur animateur. Il devient alors responsable de maisons de quartier mais cela ne lui suffit pas : « J’ai quitté mon emploi et j’ai repris les études, avec un master 2 d’économie solidaire. »

Désormais, ses aspirations à un monde meilleur sont comme inaltérables, grandies des rencontres qui ont parsemé sa vie et des idéaux qu’il a choisit d’embrasser. Ceux-ci remontent aux années 1980, à sa fréquentation des jeunesses communistes et du mouvement marxiste l’Unem (Union nationale des étudiants marocains).

Cette école l’inspire 30 ans plus tard : il dénonce désormais par ses simples choix de vie le consumérisme à outrance et se présente évidemment comme un éminent anticapitaliste. « Dans l’économie solidaire on est pas contre le marché ni pour le marché, on travail avec le marché c’est la grande différence des courants communistes et autres.» Joël souhaite noblement revenir à une société plus simple. «On fait notre bout de chemin, mais il reste de la route à parcourir», résume-t-il.

Joël Cassieguerra avec son bonnet gris au centre, accompagné de son équipe de bénévoles (La Grosse Patate)

Marie Roux

Écrit par Marie Roux