JO : quand la géopolitique gangrène le sport

En 1894, Pierre de Coubertin réhabilite les Jeux olympiques, avec pour symboles la fraternité des peuples et le dépassement de soi. Désormais, les enjeux politiques, économiques ou culturels ont pris le pas sur les idéaux sportifs. Un nouvel athlète a fait son entrée sur le terrain des JO : la géopolitique.

 «Les Jeux olympiques sont les jeux de tous les enjeux», affirme Christian Makarian, directeur du quotidien L’Express. L’esprit sportif serait donc délaissé au profit des rivalités internationales, souvent mêlées à de l’argent sale. Les JO de Sotchi 2012 ont soulevé cette question. Avec près de 37 milliards de dollars de dépenses, les Jeux de Sotchi sont les plus chers de l’Histoire mais aussi les plus décriés. Selon les opposants au régime de Poutine, 8.8 milliards d’euros sont aux mains de divers oligarques, un fait réfuté par le président russe. Mais aux vues des infrastructures bancales et des retards pendant les travaux, la corruption semble être le seul synonyme quand on parle de Sotchi.

Ceux de Pékin sont également la cible des critiques. Pour les détracteurs, le gouvernement chinois  a exproprié arbitrairement de milliers de chinois pour la construction des stades. Par ailleurs, les attentats contre les symboles de l’autorité chinoise dans la région du Xinjiang et l’annexion du Tibet ont fragilisé l’image d’une Chine qui se veut forte et unie.

L’instrumentalisation des JO à des fins politiques ne date pas d’hier

Les Jeux Olympiques organisés par Berlin en 1936 sous le régime nazi.

Les Jeux Olympiques organisés par Berlin en 1936 sous le régime nazi.

Les contemporains se souviennent encore de la remise des médailles pendant les JO de Berlin en 1936. Un moyen pour le régime Nazi de montrer sa puissance et sa prédominance en Europe. Encore aujourd’hui, les incidents diplomatiques s’immiscent dans les Jeux.

A Londres en 2012 par exemple, la Corée du Nord et la Colombie s’affrontent en football féminin. Les joueuses nord coréennes remarquent que le drapeau de la Corée du Sud (leur ennemie jurée) leur est associé. Les athlètes refusent de jouer. Les organisateurs ne cessent de s’excuser. Le match commencera avec une heure de retard. Un incident qui s’est produit juste  avant la cérémonie d’ouverture des JO, le premier d’une longue liste.

Autre polémique : la présence de joueurs portant le drapeau de la Syrie. En dépit de la guerre sur le territoire syrien, la délégation du CIO prône la neutralité et n’a pas souhaité exclure les athlètes. La gêne aurait pu disparaître si l’un des joueurs, Ahmad Hamcho n’avait pas pris position devant les médias anglais, provoquant la colère des opposants au régime Assad.

L’Angleterre a connu quelques soucis intercommunautaires

La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 2012

La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 2012

Au terme d’un bras de fer entre Jacques Rogge (président du CIO) et l’Arabie Saoudite, deux sportives saoudiennes ont pu participer aux JO… Sous conditions : les athlètes porteront le voile de la  tête aux pieds et devront éviter les zones de mixité. Pour le CIO, cette confrontation reste une victoire contre l’Arabie Saoudite. Un pays où l’égalité homme-femme flirte avec le néant.

L’Europe n’est pas en reste. L’Angleterre a connu quelques soucis intercommunautaires pendant ses JO. Les fédérations écossaises et nord-irlandaises ont refusé la participation de leurs joueurs dans l’équipe britannique. Le motif ? Cette équipe serait une menace identitaire. Un comble pour un Royaume-Uni.

Jeanic Lubanza

Écrit par skj