JO 2024 : « Le lobbying fait partie du jeu »

Raphaël Arnould est chef de groupe chez Alizeum, une entreprise de conseil en communication spécialisée dans le sport. Il revient sur ce qu’il a manqué à la France pour obtenir l’organisation des Jeux olympiques de 2012. Tout en proposant des conseils en vue d’une candidature de Paris pour ceux de 2024.

Raphaël Arnould propose entre autres son expertise au Ministère des Sports (Photo: DR)

Raphaël Arnould propose entre autres son expertise au Ministère des Sports (Photo: DR)

Que retenez-vous des précédents échecs de candidature de la France à l’organisation des JO en 1998, 2008, et 2012 ?

Pour qu’une candidature réussisse en France, il faut qu’elle soit portée par Paris. On a vraiment besoin d’avoir une aura autour d’une ville. À chaque fois, les dernières Olympiades avaient lieu dans des capitales : Sydney, Athènes, Pékin, Londres. Ensuite, une candidature s’inscrit dans le temps. Souvent, une ville obtient l’organisation des Jeux après deux ou trois candidatures. Gagner à la première est assez compliqué.

Que manquait-il à Paris par rapport à Londres en 2012 ?

Tout le monde s’accorde à dire que nous avions un dossier solide. Mais nous nous sommes un peu reposés sur nos lauriers. Je crois tout simplement que Londres a été meilleure que nous à la fois dans le dossier et grâce à son travail de lobbying. De plus, la candidature de Londres a été portée par des sportifs britanniques. La France a quant à elle mis les hommes politiques en avant. Aucune personnalité du sport français n’a porté cette candidature comme Sebastian Coe l’a fait pour Londres. J’ai d’ailleurs eu la chance de m’y rendre pour les Jeux, et je pense sincèrement qu’ils ont mérité de les avoir. L’organisation était exceptionnelle, nous aurions beaucoup à apprendre des anglo-saxons à ce sujet. Le lobbying fait partie du jeu. Cela ne sert à rien de faire les mauvais perdants.

En France, pratique-t-on assez le lobbying ?

Nous en faisons mais on a du mal à l’avouer, car ce n’est pas forcément dans notre ADN. Nous sommes davantage la nation de Pierre de Coubertin, trop chevaleresques à chaque fois. Pourtant le lobbying est nécessaire et incontournable. Il faut intégrer ces notions modernes qui font partie du sport, et non les diaboliser. Nous avons des dirigeants compétents dans les hautes instances, les fédérations. Je pense par exemple à Bernard Lapasset, président d’une fédération internationale, fortement impliqué dans les démarches olympiques puisqu’il a fait entrer le rugby à 7 dans les Jeux. Il faut s’inspirer de ces personnalités fortes en France.

Les candidatures françaises sont-elles trop politisées ?

Les politiciens français s’impliquent quand ça brille ! S’ils s’impliquent vraiment dans les dossiers avec une vraie volonté de faire avancer les choses, je suis pour. Par exemple, que le ministère des Sports soit impliqué dans une candidature française est primordial. Surtout quand on connaît les enjeux politiques qu’il y a derrière. Mais si c’est pour montrer sa tête à la télé, cela n’a aucun intérêt. Cette représentation de la candidature ne doit pas être portée par les politiques mais par les sportifs. Nous avons des belles têtes d’affiche en France, des ambassadeurs comme Tony Parker ou Tony Estanguet. Leur palmarès parle pour eux. Ce sont eux qui doivent porter les candidatures, et non pas Anne Hidalgo ou François Hollande.

Bernard Lapasset et Tony Estanguet sont-ils les bons représentants d’une candidature parisienne ?

J’ai travaillé longtemps à la Fédération. C’est un très bon président et il a réussi dans les projets qu’il a portés, comme la Coupe du monde de rugby en France, le centre national de Rugby… C’est quelqu’un qui mène les dossiers au bout. Il est dans le sport depuis une trentaine d’années et connaît très bien les instances sportives internationales. Quant à Tony Estanguet, c’est un excellent porte-drapeau puisqu’il le seul Français triple champion olympique. Néanmoins il faudrait peut-être y adjoindre une troisième personne plus médiatique, Tony Parker ou Teddy Riner par exemple.

Pensez-vous que le bon déroulement de l’Euro 2016 de football ou de l’Euro 2015 de basket-ball puisse pencher dans la balance du CIO ?

C’est important de montrer notre capacité d’organisation sur ces événements importants, aussi bien sur qu’en dehors du terrain. Les enjeux sont multiples : sécurité, animation, engouement du public…

Pensez-vous que l’organisation des Jeux olympiques puisse profiter politiquement à François Hollande et au gouvernement ?

À Athènes, allez demander aux Grecs si les JO 2004 leur ont profité, ils vous diront que non. Le Comité International Olympique (CIO)  attribue l’organisation des JO 2024 à l’été 2017, donc en France, cela dépend de leur implication, mais ce sera sûrement un peu tard !

Yoann Jenan 

Écrit par mmy