Singapour, 6 juillet 2005. C’est la grande désillusion pour Bertrand Delanoë. Le maire de Paris vient d’apprendre que sa ville n’a pas été sélectionnée pour accueillir les Jeux olympiques 2012. Londres a gagné. Deux années de travail pour rien, Paris devra rester dans les gradins.

Paris, place de l'Hôtel de ville, en 2005 (©Wikipedia/ed g2s)

Paris, place de l’Hôtel de ville, en 2005 (©Wikipedia/ed g2s)

Paris faisait pourtant figure de favori pour la désignation de la ville hôte des JO 2012. En 2003, Bertrand Delanoë lance officiellement la campagne pour la candidature de la capitale. Le ton est donné : celle-là sera la bonne. «Des jeux populaires, solidaires, écologiques et éthiques», soutient le maire de Paris. En juin 2005, l’avenue des Champs-Elysées est même transformée en un stade géant. Tout le sport français est uni derrière la candidature. La commission d’évaluation du CIO juge d’ailleurs «la très grande qualité» du dossier français, tout comme celui de Londres. La bataille se jouera donc entre la France et l’Angleterre.

6 juillet 2005, à Singapour.

Une minute avant l’annonce du résultat, les 14 membres de Paris 2012 s’enlacent tel un XV de France pendant l’hymne. L’enveloppe cachetée du décompte des voix n’en finit pas de se déchirer dans les mains du Président, Jacques Rogge. Successivement, Moscou, New York, Madrid disparaissent de la compétition. Entre Paris et Londres, finale annoncée, le scrutin est clos. Attente interminable, insoutenable. La ville hôte des Jeux 2012 est annoncée : «LONDON».

Les athlètes britanniques hurlent et bondissent sur les tables. Paris a perdu le duel de quatre voix, 54 contre 50. C’est un véritable traumatisme pour la délégation française. Sous le choc, Jacques Chirac, qui avait fait le voyage, tout comme Tony Blair, encaisse avec Bertrand Delanoë un cuisant échec.

Le regard de Marie-Jo Pérec est rougi de larmes, celui de David Douillet traduit un profond désarroi. Jean-Claude Killy et Laura Flessel sont en larmes aussi. L’ancien ministre des Sports Jean-François Lamour confesse : «C’est plus dur qu’une finale olympique». La désillusion laisse un sentiment d’injustice sportive.

6 juillet 2005, à Paris, place de l’Hôtel de Ville.

À l’annonce du résultat, Anne Hidalgo, alors première adjointe qui officie en l’absence du maire, prend la parole : «C’est une immense déception. Soyons fiers du travail fait et de la délégation qui a porté nos couleurs», dit-elle avant de rejoindre les quelques 10 000 Parisiens massés devant la mairie où sont installés des écrans géants. Certains pleurent. Tous sont abattus. «Dans ce moment de chagrin et de grande tristesse, on va avoir besoin de vous. Merci, les Parisiens», leur lance-t-elle, très émue.

La Tour Eiffel, Paris, en 2005 (©escalepade/Flickr)

La Tour Eiffel, Paris, en 2005 (©escalepade/Flickr)

Les Champs-Élysées sombrent dans le désarroi. Les orchestres qui avaient prévu de célébrer la victoire en faisant danser la foule, remballent leur matériel. Dans les cafés du XVIIe arrondissement, où l’on devait construire l’essentiel du village, l’amertume prend le dessus. C’est un coup dur pour le moral des français.

Pourquoi la France s’est-elle fait coiffer au poteau ?

1992, 2008, puis 2005. Pour la 3e fois en vingt ans, Paris est recalé. Pour expliquer cet échec, plusieurs causes avaient été avancées, côté français.

On stigmatisa d’abord beaucoup l’habileté des Britanniques qui auraient franchi la ligne jaune des règles du CIO, en menant «une campagne de lobbying agressive». On montra aussi beaucoup du doigt Juan Antonio Samaranch (l’ancien président du CIO de 1980 à 2001), qui au profit de Madrid, aurait fait trébucher sur l’hexagone sur la ligne d’arrivée.

Bertrand Delanoë déplora une certaine idée du marketing, triomphante aux dépens des valeurs de l’olympisme et de la solidarité, défendues par Paris.

Lara Tchekov

Écrit par lavalto