I-Télé : « Une impression de vide »

Arrivée à I-Télé en 2010, une célèbre figure de la chaîne ne fait pas partie des 120 journalistes ayant quitté la rédaction. Pourtant, l’érosion des audiences, le manque d’effectif et le flou sur la ligne éditoriale ne permettent pas à la chaine info de tourner à plein régime. Depuis la fin du conflit voté le 16 novembre, à quoi ressemble I-Télé ? Des journalistes encore en service répondent…

Après 30 jours de grève intense, de multiples assemblées générales et de négociations, la journaliste n’a pas fait ses valises – contrairement à 127 de ses collègues, usés et désabusés. Si le premier étage de la rédaction de la chaîne info en continu retrouve un peu de vie, la majorité des bureaux reste désert avec de nombreux postes inoccupés. Seuls une trentaine d’anciens sont restés avec quelques têtes nouvelles. « C’est très bizarre de reprendre dans ces conditions », réplique-t-elle.

Nombreux sont les journalistes stars de la chaine comme Michael Darmon, Guillaume Auda, Olivier Le Foll, qui sont partis vers de nouveaux horizons ou plutôt vers de nouvelles rédactions.

Appelés par LCI ou BFMTV, ces nouveaux journalistes officient désormais sur les chaînes concurrentes. Céline Pigalle, qui était la directrice de la rédaction de I-Télé, a gardé son statut, mais travaille désormais sur le canal 15.

Céline Pigalle, ex directrice de rédaction de I-Télé

 

 

Bien que les programmes aient repris depuis le 20 novembre à 20h, les faibles effectifs ne permettent pas à la chaîne de proposer un direct en continu. Les journalistes-présentateurs assurent ainsi une présence sur les cases rassemblant le plus de téléspectateurs : le matin et le soir. Pour La Matinale Info, on retrouve le journaliste Romain Desarbres décrit par un JRI comme « un mec aux dents qui rayent le parquet« . D’autres figures comme Laurence Ferrari ou Audrey Pulvar ont gardé leur créneau, quitte à devenir la risée du milieu.

 

La journaliste que nous avons rencontré parle d’une « chaîne morte, car les historiques sont partis et que les émissions fonctionnent a minima ». C’est l’hémorragie au service politique, quatre journalistes ont quitté le navire Canal et cette petite rédaction fonctionne « à flux tendu pour couvrir l’actualité des partis« . En attendant, l’audience s’est effondrée (passant de 0,8% en septembre 2016 à 0,4% en novembre), I-Télé a été doublée par LCI. Lors du second tour de la primaire de la droite et du centre, LCI a attiré 233.000 personnes contre 208.000 pour I-Télé. En cause ? Des reportages rediffusés toute la journée en dehors des émissions phares. Le résultat est sans appel…

Tableau des audiences chaînes info en continu le 3/11 et 21/11

La grille des programmes d’I-Télé a été épurée, seules les matinales et émissions du soir sont encore d’actualité. La journée, des reportages sont rediffusés sur les antennes. D’ailleurs, sur le site de la chaîne, le vide saute aux yeux…

 

                  

Grille des programmes de BFM TV (à gauche) et de I-Télé (à droite) – Capture écran

Concernant le lancement, annoncé par Vincent Bolloré, de Cnews – qui prévoit une nouvelle ligne éditoriale et un habillage repensé – « il n’y a aucune visibilité ni même de grille de rentrée pour janvier« , s’inquiète la journaliste. Mais la chaîne recrute ! La direction s’est engagée à remplacer tous ces départs dans les quatre mois. Sur le site de recrutement du Groupe Canal+ apparaissent uniquement des offres de stage et ce n’est pas pour faire les cafés…

 

                                       Offres stages – www.vousmeritezcanalplus.com

 

Dans une chaîne d’information, les salaires représentent environ 60% des charges. Les grévistes, qui représentaient la majorité de la rédaction, ont perdu une partie de leur salaire alors que le groupe a continué à amasser de la publicité… Autant dire que Bolloré n’a pas, lui, perdu beaucoup d’argent dans cette bataille.

Bastien Berthod

Écrit par iejpedago