Hypnose, de l’apothéose à l’overdose

De la salle de spectacle à l’alcôve du thérapeute, les mécanismes de l’hypnose demeurent mystérieux et fascinent. Si certains restent encore sceptiques, nombreux sont ceux qui manifestent un véritable engouement pour cet art. Effet de mode?

Espace Prévert, Savigny-le-Temple, il est 21 heures. Les spectateurs attendent, partagés entre impatience et anxiété, le spectacle-phare de la saison : « Duel sous hypnose ». Fascinés par les mystères qui entourent l’univers de l’hypnose, chacun est surtout curieux de découvrir s’il est réellement réceptif… et jusqu’à quel point. Car là est toute la question. Durant 1h30, les spectateurs viennent vivre un moment unique. Les innombrables spectacles d’hypnose proposés dans la capitale surfent un peu tous sur le même slogan : « Êtes-vous prêts à franchir les frontières de votre inconscient et à vivre une expérience inoubliable ? ».

Usant de toute leur énergie et de leur magnétisme, les deux hypnotiseurs, Kevin Finel et Théo Duverger, lancent un défi au public ; ils invitent chacun à lâcher prise et à faire corps avec son esprit, pour les rallier à leur cause.  Le public, tantôt spectateur, tantôt acteur, est appelé à choisir, en vivant l’hypnose dans sa chair, entre deux voix que tout oppose. L’audacieux spectacle amène chaque spectateur à s’interroger face aux techniques et aux pouvoirs des hypnotiseurs.

Dans la salle, les réactions varient : les uns se laissent immédiatement transporter, entrent en quelques secondes dans un état second et n’hésitent pas à monter sur scène. D’autres semblent beaucoup moins réceptifs voire dubitatifs… Ils observent sans sourciller ni quitter leur fauteuil. La voix envoûtante des deux maîtres de cérémonie, leurs regards perçants, leurs techniques d’approche extrêmement bien rodées : tout est fait pour transporter le spectateur hors du temps et même le pousser à des actions qu’il n’accepterait jamais en pleine conscience.

Tout le monde connaît l’immense succès remporté par un Messmer ultra médiatisé : plus de 550.000 personnes ont déjà assisté à l’un de ses spectacles dans les plus grandes salles parisiennes (Bobino, l’Olympia, le Zénith, Le Grand Rex). L’hypnotiseur qui officie régulièrement sur TF1 est en ce moment en tournée dans toute la France. On ne compte plus les propositions artistiques, utilisant les techniques de l’hypnose. Mais, l’hypnose ne se cantonne pas uniquement à l’univers de la magie, du mentalisme ou de la psycho-illusion. Elle fait aussi le bonheur de certains médecins, de thérapeutes spécialisés, de sophrologues et de coachs en développement personnel.

Les pouvoirs de l’hypnose et ses limites

Les personnalités, les stars… beaucoup disent y avoir eu recours un jour ou l’autre. Dernièrement, le footballeur André-Pierre Gignac a fait une révélation : l’attaquant a révélé comment l’hypnose lui a permis de mettre fin à une série noire de plus de 70 jours de compétition sans marquer un seul but.  Pure coïncidence ou simple chance, quelques temps après sa séance, le Français a réussi à inscrire trois buts durant le match retour des quarts de finale du championnat mexicain, fin novembre. C’est grâce à ses performances que la star de l’équipe des Tigres de Monterrey réussit finalement à amener son équipe en finale.

Est-il alors possible de parler de pouvoir sur l’esprit et le corps de l’autre, voire de manipulation ? L’hypnotiseur de l’attaquant international, John Milton, a tout de même souhaité nuancer : « Gignac n’a pas mis des buts grâce à moi, mais parce que c’est un excellent attaquant », a-t-il confié à la radio ESPN Raza Deportiva. Les pouvoirs conférés à l’hypnose sont ainsi assez proches de ceux de la magie, d’autant qu’un épais voile de mystère entoure souvent sa pratique.

Se présentant comme une solution simple et rapide, capable de traiter toutes sortes de souffrances ou de dépendances, l’hypnose vit depuis quelques années son heure de gloire dans nos sociétés malades de mille maux.

Désormais, l’hypnose s’utilise dans de multiples circonstances. Laura Pierret, 52 ans, ultra réceptive à l’hypnose, y a eu recours de nombreuses fois et chaque séance a été pour elle un véritable succès. La première fois, c’était dans le cadre d’un régime. Très sceptique à la base, elle a finalement été séduite et convaincue par l’approche proposée. Ces séances lui ont permis de perdre ainsi 6 kilos en moins de 4 mois: « Je n’ai fait aucun régime, je suis extrêmement satisfaite du résultat. L’hypnotiseur n’est pas un nutritionniste. C’est quelqu’un qui ne nous a pas du tout parlé de changement d’alimentation, c’était un discours très métaphorique, très spécial. Après ma séance de 2 heures, je mangeais beaucoup moins de choses et je ne rentrais plus dans les pâtisseries. Cette expérience a changé ma vie ».

Forte de ce succès, Laura choisit d’y retourner, cette fois pour un tout autre motif : réussir à arrêter la cigarette. Rebelote. Quelques jours plus tard, elle arrête définitivement.

Le médecin-psychiatrique Michel Bilis explique : « L’hypnose n’a rien à voir avec la vraie médecine. Les personnes comme Laura sont des personnes d’une grande sensibilité. Plus sensibles aux techniques psychologiques qu’aux approches médicamenteuses. Dans des cas précis comme celui-ci, il ne s’agit pas de volonté, mais d’une meilleure gestion émotionnelle d’un comportement aliénant ». L’hypnose fait maintenant figure pour elle de miracle, capable d’apporter une réponse à toutes ses attentes.

Pour certains cependant, l’expérience s’est avérée beaucoup moins concluante. Clara, 24 ans,  décide de consulter pour dépasser sa phobie de la voiture : elle est prise de panique lorsqu’elle rentre sur l’autoroute. Ressortie très amère de sa séance, elle raconte : « Je n’ai rien ressenti, je n’étais pas du tout dans un état second, contrairement à ce que l’on m’avait toujours raconté. Je me suis sentie si nerveuse qu’il m’a été impossible de sortir de mon état de conscience. Rien n’y a fait et je me suis sentie très frustrée en sortant. » À 150 euros la séance d’1h30 (non remboursée), il y a de quoi être déçue ! Seules les consultations pratiquées par des médecins-psychiatres sont remboursées, notamment ceux qui pratiquent la fameuse hypnose ericksonienne.

Entre les thérapeutes formés et reconnus, et les charlatans en tous genres qui fleurissent un peu partout, il n’y a qu’un pas. Des failles réelles existent et il n’est pas rare de tomber sur des personnes mal intentionnées, sans qualification reconnue, sortes de sorciers des temps modernes qui utilisent des supposés pouvoirs d’hypnose pour prétendre guérir leur patient.

Pour éviter l’arnaque, mieux vaut se renseigner au préalable afin d’être certain d’avoir affaire à une personne compétente, exerçant à des fins thérapeutiques et non mercantiles.  À condition, bien sûr, d’être réceptif à ce type de technique et prêt à se laisser aller car selon l’échelle de « suggestibilité hypnotique » mise au point par l’Université de Stanford, 5 % d’entre nous sont réfractaires à l’hypnose et 10 % seulement parviennent à entrer rapidement en état d’hypnose profonde.

                                                         Rachel Chiss

Écrit par iejpedago