Human Rights Watch accuse la Turquie de museler les journalistes

En se basant sur 61 entretiens réalisés avec des journalistes, des rédacteurs en chef, des avocats et des défenseurs de la liberté de la presse, l’ONG l’Human Rights Watch affirme que le gouvernement turc musèle les médias indépendants.

 

Manifestation Anti-Erdogan
CC strassenstriche

Le gouvernement turc entre en guerre face aux médias indépendants. C’est ce que conclut le rapport de Human Rights Watch (HRW) intitulé « Silencing Turkey’s Media: The Government’s Deepening Assault on Critical Media » (« Les médias muselés en Turquie : offensive croissante du gouvernement contre les médias critiques »)

Depuis la déclaration de l’état d’urgence, la Turquie use et abuse du système judiciaire pour poursuivre, voire emprisonner des journalistes à partir d’accusations infondées de terrorisme, d’insultes à fonctionnaire ou encore de crimes contre l’Etat. Pour arriver à ce constat, l’ONG a interrogé 61 personnes (journalistes, rédacteurs en chef, avocats et défenseurs de la liberté de la presse). Ils évoquent des menaces et des agressions physiques. L’enquête fait également état d’intrusions du gouvernement dans le choix éditorial et de pressions poussant les médias à licencier certains journalistes critiquant le régime.

Selon Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie Centrale à HRW, toutes ces violations prouvent que la Turquie se mue en dictature : « Détenir 148 journalistes et collaborateurs de médias, fermer 169 médias et maisons d’édition en vertu de l’état d’urgence, ces actions montrent bien que la Turquie viole délibérément les principes fondamentaux des droits humains et de l’Etat de droit, principes au coeur de la démocratie« . Pour l’ONG, aucun doute, cette répression vise à empêcher les médias indépendants d’enquêter sur les agissements du gouvernement : « Les efforts systématiques du gouvernement turc et du président pour museler les médias du pays visent à empêcher tout regard public sur leurs actions. »

Une guerre sans pitié 

Les professionnels interrogés relatent une ambiance de travail malsaine et l’impossibilité pour eux d’enquêter sur des sujets sensibles. « Autrefois, des journalistes étaient assassinés en Turquie, déclare un journaliste à Human Rights Watch. Mais là, c’est le journalisme que ce gouvernement est en train d’assassiner ».

Parmi les journalistes ayant émis des doutes sur le gouvernement actuel, Kadri Gürsel, chroniqueur de Cumhuriyet, a été licencié puis emprisonné pour un tweet dénonçant l’hypocrisie des responsables internationaux qui adressaient leurs condoléances au président Erdogan à la suite de l’attentat du 22 juillet ayant fait 32 morts. « Il est honteux que des responsables étrangers appellent le principal responsable du terrorisme de l’État islamique en Turquie pour lui présenter des condoléances après l’attentat de Suruç », avait-il écrit.

Selon l’ONG, les États-Unis, les pays membres de l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ainsi que le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devraient faire pression sur le gouvernement turc pour qu’il respecte la liberté des médias.

Victor Plantevin

 

Écrit par Victor Plantevin