Hollsön et le flamboiement de l’undergroud parisien

De Paris à Bombay, en passant par New York, Hollsön est un producteur mystérieux et voyageur. Longtemps ignoré à cause de sa musique jugée « trop sombre », il profite aujourd’hui de l’avènement de la scène underground parisienne pour nous livrer sa musique profonde et intemporelle.

Comme tous les DJs de sa génération, Hollsön a commencé à jouer dans les petits bars du Marais, « payé au lance pierre contraint à se balader avec des centaines de vinyles et à attendre les bus de nuits ».

Sa famille ne l’encourage pas à évoluer dans le milieu de la nuit. Il est éduqué par deux parents aux caractères opposés, un père pragmatique et une mère idéaliste et peintre. « Toutes mes oeuvres racontent une histoire de ma vie, une expérience, un événement marquant. Ma sensibilité artistique est née comme ça et c’est de cette façon que je compose, je me sers de mon vécu plus que d’une ligne de basse », a confié le DJ à IEJ News.

Il entame des études de droit, puis des études d’art, se lance même dans la coiffure, avant d’aller travailler aux Etats-Unis dans le marketing. Hollsön est un touche-à-tout : « Je n’ai jamais cessé de jouer et de composer en parallèle de mes études ou de mon travail. Mais j’ai fini par m’enfermer dans la production et j’ai quitté le clubbing, ma musique ne faisant pas parti des standards à une époque où la French Touch était plus housy ».

A l’époque ce qu’il crée n’est pas approprié à la culture électronique parisienne. Tout ce qu’il produit est jugé trop « visuel », trop « musique de film », trop « spécial ». Installé près de trois ans aux Etats-Unis il remarque, lors des ses voyages à Paris et en suivant l’actualité sur Resident Advisor, que la musique électronique a pris une place importante dans les clubs parisiens. Il décide de tout quitter du jour au lendemain et rentre dans sa ville natale.

« Aujourd’hui des labels comme Life and Death et Innervisions, ont permis à une scène techno atmosphérique de littéralement exploser »

HollSön ne prend jamais la voie facile. Pour lui produire : « C’est un moment où on livre une émotion, après il suffit de la traduire pour la rendre dansante ». Le DJ aime jouer avec le temps, faire ressentir au public une poésie propre sur chaque track. L’artiste aime aussi livrer une part de lui-même, la musique devient un exutoire autobiographique. Il réalise ses propres visuels et clips.

Comme dans cette intro d’un de set au Badaboum, dans lequel il a inséré la voix et les sons de l’électrocardiogramme de son oncle lorsqu’il était hospitalisé pour lui rendre hommage :


Si le milieu de la techno underground est en pleine expansion depuis quelques années, les fondateurs du club « Concrète » (dans le 12ème arrondissement de Paris), y sont forcément pour quelque chose. Véritables avant-gardistes des soirées parisiennes, ce sont les premiers à avoir exporté le concept d’after dans la capitale française. Les afters, ces soirées qui durent toute la journée, n’étaient alors autorisées que dans les villes pionnières de la techno comme Berlin ou Amsterdam. Pete Vincent, un des organisateurs de Concrète explique dans une interview donnée à Trax Magazine que la mise en place du club a donnée du fil à retordre : « À nos débuts, on ne devait pas avoir que des copains dans le milieu. On devait déranger. Parce qu’avec Concrète, on coupait l’herbe sous le pied de certaines institutions qui s’encroûtaient et n’étaient pas ravies de nous voir réussir ».

Mais le collectif résiste et réussit à véritablement s’imposer sur la scène parisienne, « Au bout de deux ans la barge est devenue un élément incontournable de la scène parisienne. Pour le coup, tout Paris savait ce qui se passait Quai de la Rapée. Lorsque Resident Advisor s’est mis à s’intéresser à nous, nous avons senti que Concrète commençait à s’installer. C’était le boom. Je me souviens que mes parents s’inquiétaient du fait que je travaillais beaucoup et que je n’étais pas très bien payé, mais moi, je m’en fichais : je voyais Concrète grandir et c’est ce qui me faisait avancer. Je savais pourquoi je bossais dur. C’était bien et beau. Je vivais Concrète. »

Les organisateurs ne s’arrêtent pas en si bon chemin et créent même un festival qui deviendra en l’espace de cinq ans LA soirée incontournable de la capitale : le Weather Festival.

Pete Vincent, un des fondateurs de Concrète, lors du 5ème anniversaire du club.

Hausse significative de fréquentation pour les évènements de musique électronique

Selon une étude du Centre national de la chanson des variétés et du jazz (CNV), entre 2014 et 2015, les événements de musique électroniques ont vu leur fréquentation augmenter de 40%, avec 939 entrées en moyenne par événement payant. Cette hausse vertigineuse est due aux nombreux festivals qui se sont installés, développés et déclinés. Les petits collectifs ont eux-aussi gagné en importance et une toute une nouvelle génération d’adeptes de la musique électronique a fait son apparition, à la suite de la popularisation du genre.

2016 fût prolifique pour Hollsön. Dates aux côtés de grands noms de la scène internationale, New York, Londres. Il est même appelé pour une tournée d’un mois en Inde. Il composera un live sur mesure pour le collectif Rituel, pour lequel il est aussi président, aux côtés de Howling.

En novembre dernier, Hollsön lançait son propre concept de soirées avec la maison de production Dream Bigger Events qui produit également les soirées Insomnia crées par Marwan Sabb. La grande première de Sinestesi fût un véritable succès. Sinestesi, c’est avant tout une envie du DJ qui veut proposer quelque chose de différent, sans limite. Pas de limite sur le système son, pas de limite sur les jeux de lumières, pas de limite sur une programmation éclectique. En somme, un clubbing de qualité : « L’idée est de justifier le prix d’un ticket en mettant en œuvre tout ce qui se fait de mieux en terme de son, image, lumière pour satisfaire le clubber en quête de sensations ». Toute cette ambiance permet de laisser carte blanche aux artistes et leur donne la possibilité de livrer des sets vivants.« On ne peut pas catégoriser Sinestesi », selon Hollsön qui prône la musique électronique dans son ensemble à l’heure où les organisateurs offrent des soirées à genre (techno, tech-house, micro…).

Pour 2017, le producteur ne manque pas de projet : EP, soirées, collaborations… Sa prochaine date aura lieu le 30 décembre prochain pour Haïku au Badaboum aux côtés d’Ellen Allien et l’un de ses fondateurs Na’Sayah.

Ariane Cairoli

Écrit par iejpedago