Guerre en Syrie : retour sur 5 ans de conflit

Le 11 décembre, l’Etat islamique a repris le contrôle de la cité antique de Palmyre, située dans l’est de la Syrie et classée au Patrimoine mondial de l’humanité. Une nouvelle qui intervient peu après la chute de la ville d’Alep dans les mains de Bachar Al Assad. Le conflit syrien ne cesse de s’étendre et de s’aggraver depuis près de cinq ans. Explications.

Soldat de l’armée syrienne libre, marchant entre les ruines de la ville d’Alep. Crédit photo : Voice of America News: Scott Bobb reports from Aleppo, Syria.

Au début de 2011, le vent du « printemps arabe » soufflait sur la Syrie. 5 ans plus tard, le pays est au cœur d’une guerre effroyable : 500.000 morts et plus de 5 millions de réfugiés. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de pays sont impliqués dans le conflit, qui ravive les rivalités entre musulmans sunnites et chiites et qui bouscule le jeu d’alliances au Proche-Orient. La guerre a aussi des répercussions en Europe, débordée par l’afflux des réfugiés, et dans une autre mesure par les djihadistes.

Comment est née la révolte populaire en Syrie ?

Au début de 2011, le monde arabe est traversé par des soulèvements populaires contre les pouvoirs en place. Le mouvement gagne la Syrie qui lance ses premiers appels à manifester. La révolte populaire se heurte à l’état d’urgence, en vigueur depuis 1963 dans le pays, qui empêchent tout regroupement. En mars 2011, l’insurrection gagne réellement la ville, lors d’un rassemblement qui sera violemment réprimé. La révolution est lancée, les manifestations, quasi quotidiennes, sont réprimées dans le sang. En neuf mois, 5.000 personnes sont tuées. Les civils syriens commencent à fuir. Un conflit armé s’engage entre les deux camps : les pro-Assad et les rebelles au régime. Des mouvements islamistes profitent du désordre pour prendre à leur tour les armes et tenter de s’emparer du pouvoir.

Qui s’affronte dans le conflit ?

Il y a en tout 4 acteurs principaux. Le premier, le régime de Bachar Al Assad, déterminé à garder le pouvoir qu’il détient depuis 2000. Le premier ennemi du gouvernement syrien est constitué des forces rebelles. Un ensemble dominé par Fath al-Sham, un groupe salafiste et par le front Al Nosra, branche syrienne d’Al Qaïda. Le groupe rebelle comprend aussi des unités plus modérées regroupées sous le label ASL, Armée Syrienne libre. Troisième acteur important, les kurdes. Ils représentent une minorité dispersée sur 4 pays de la région et revendiquent un état propre. Ils combattent les rebelles, mais font surtout face à l’État islamique, 4e acteur. Fondée en Irak, l’organisation djihadiste s’est propagée en Syrie. Un premier cercle, auquel s’ajoute celui des parrains régionaux. D’un côté, la Turquie et l’Arabie Saoudite, hostile au président Assad, ont fait le choix de soutenir les rebelles syriens. Bachar Al Assad compte lui sur ses soutiens chiites : l’Irak, le Hezbollah au Liban, et surtout l’Iran. Le conflit syrien divise aussi la communauté internationale. Le régime syrien bénéficie du soutien de la Russie. Les rebelles syriens sont épaulés eux par les États-Unis et les pays européens.

Que fait la communauté internationale ?

Rien. Aujourd’hui, la communauté internationale est le témoin impuissant de l’agonie de la Syrie. Dix pays occidentaux et arabes, dont les Etats-Unis, la France, l’Arabie Saoudite et la Turquie se sont réunis ce samedi 10 décembre à Paris pour évoquer la destruction de la ville d’Alep, symbole et épicentre du conflit. Jusqu’à présent, tous les appels de la communauté internationale à mettre fin au carnage ont échoué, y compris les annonces de négociations entre Russes et Américains pour un cessez-le-feu. L’Assemblée générale des Nations unies a voté le 9 décembre par 122 voix contre 13 une résolution réclamant une trêve immédiate en Syrie, un accès à l’aide humanitaire et la fin de tous les sièges, y compris celui d’Alep. Trente-six pays se sont abstenus de voter sur ce texte d’inspiration canadienne, qui n’a aucune valeur contraignante. Les pays occidentaux refusent une intervention militaire, à l’exception des bombardements contre l’Etat islamique.

Baptiste Durieux

Photo à la une : les ruines de la cité antique de Palmyre, Syrie. Crédit : Flickr.

Écrit par iejpedago