Génocide rwandais : La France savait ?

Selon des documents révélés ce mardi par Mediapart et France Inter, l’armée française aurait délibérément laissé le massacre de juin 1994 au Rwanda se produire, malgré des courriers de mise en garde.

Copyright 20 minutes - SIPA

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Des rescapés reprochent aux militaires d’avoir été au courant d’un massacre de Tutsi dans les collines de Besesero mais de n’avoir agi que trois jours plus tard.

Dans cette enquête lancée en 2005, le lieutenant-colonel Jean-Rémy Duval a assuré avoir pourtant effectué une reconnaissance le 27 juin avec ces hommes puis d’avoir relayé ses craintes par fax.

Ce fax dit en effet : «Nous avons rencontré une centaine de Tutsi… Ils seraient 2000 cachés dans les bois… Ils sont dans un état de dénuement nutritionnel, sanitaire et médical extrême… Ils espéraient notre protection immédiate».

Le problème ? Une vidéo datant du 28 juin 1994, où l’on voit le colonel Rosier, témoin assisté de l’enquête, apprendre de l’un de ses sous-officiers la découverte de nombreux blessés, dont certains «avaient la chair qui pendait».

Le colonel se défend pourtant : «Je vois que je ne percute pas car vraisemblablement je ne comprends pas ce qu’il me raconte. Il faut savoir que j’étais sous pression. C’est vrai qu’en revoyant aujourd’hui cette scène, il me paraît incroyable de ne pas avoir réagi à l’information donnée».

Les associations parties civiles dans l’enquête sur l’opération Turquoise déclarent également que «de nombreux documents de la procédure montrent que la hiérarchie militaire avait connaissance, dès le 27 juin 1994, des massacres, et qu’aucune mesure n’a été prise pour intervenir et y mettre un terme».

Elles demandent des mises en examen pour complicité de génocide de Jacques Rosier et de certains officiers.

L’armée française intervient tout de même sous mandat de l’ONU, via l’opération Turquoise, pour mettre fin aux tueries. Mais trop tard.

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Lucas Arteaga

Écrit par lucas.arteaga