Federer et Djokovic, la promesse de monts et merveilles

Le tennis, par son caractère individuel a de tout temps opposé deux joueurs. Cette opposition se cristallise en rivalité quand les enjeux grandissent. Cette place d’ailleurs de numéro 1 mondial ? Tout le monde en rêve et pourtant peu de joueurs y parviennent. Cette ambition continue de toujours vouloir franchir un nouveau palier incite les joueurs à se surpasser et à produire des miracles. Roger Federer et Novak Djokovic comme John Mc Enroe et Ivan Lendl dans les années 80 puis Pete Sampras et Andre Agassi marquent leur sport d’une énième rivalité. Toutes ont un charme, toutes ont une histoire. Celle entre « Rodg » et « Nole » aussi. Récit.

  • La première : avantage Federer

Sorti des qualifications, Novak Djokovic intègre le tableau final du tournoi de Monte-Carlo (Master 1000). Et un match d’envergure l’attend en ouverture. A 18 ans, il dispute son premier face-à-face contre Roger Federer alors incontesté au rang de numéro 1 mondial. Crispé, le serbe concède le premier set 3-6 avant que l’insouciance de la jeunesse ne joue en sa faveur. Comme si ce premier accroc l’avait libéré, il se relâche dans la seconde manche pour breaker d’entrée le Suisse puis s’envoler à 4-2 pour remporter le set 6-2. Mais Federer, plus expérimenté se rattrape et décroche Djokovic dans le dernier acte, 1-4 puis 3-6. Jeu, set et match. Une défaite pour Djokovic mais déjà un bel aperçu des prochains duels entre les deux joueurs.

  • Djokovic, enfin !

Plus d’un an après leur première confrontation et quatre défaites, Djokovic remporte enfin sa première victoire sur l’ogre helvète. A Montréal, autre Masters 1000. Et en finale en plus. Mais à cette époque, celui que l’on surnomme « Nole » est déjà dans le Top 3 mondial. Autant dire que c’est un autre joueur qu’affronte ce jour-là le grand Roger. Infranchissable jusqu’à 5-5, le serbe craque sur son service. Mais mené 5-6, service Federer et une balle de set à négocier, Djokovic claque un coup droit supersonique puis tend Federer à l’épuisement à la suite d’un rallye de 20 frappes avant de conclure et d’assomer Federer dans le jeu décisif 7 points à 2 (voir vidéo). Avant le sursaut d’orgueil du suisse. Car après un premier acte intense et âpre, Djokovic souffre et Federer en profite pour revenir à un set partout, 2-6. Et le dernier acte est renversant. Djokovic prend le service d’entrée et gère jusqu’à 4-2.

Les deux aiment jouer au chat et à la sourie. Une nouvelle fois, dos au mur, Roger revient au score avant de prendre la main à 5-4. Le serbe a grandi et il va le prouver en tenant bon sous la menace toujours plus pressante du suisse. Deux hot-shot pour l’illustrer. Une combinaison amortie-montée au filet-lob de volée, et un passing de revers en bout de course plus tard, nouveau jeu décisif. Copie conforme qu’au premier acte, 7 points à 2 (voir vidéo). Novak Djokovic peut s’agenouiller. Il signe son premier succès sur le « Maître ». Quant à la balle de match ? Amortie, montée au filet, lob de volée. Une signature.

  • Impérial Federer

Sur sa lancée d’un été victorieux, Djokovic arrive à l’US Open, dernier Grand Chelem de la saison, décontracté et en confiance. Malgré une victoire dans la douleur, en cinq sets après avoir été mené 2 sets à 1, au second tour face à Stepanek, toujours aussi imprévisible, le « Djoker » atteint la finale. Pour affronter Federer, triple tenant du titre, et idolâtré à New-York. Premier face-à-face dans un tournoi majeur. Où l’expérience se révélera être la clé du match. A l’image de leur rivalité, les deux joueurs se rendent coup pour coup et restent à égalité jusqu’à 5-5. Contrairement à Montréal quelques semaines plus tôt, Djokovic prend le service de son adversaire pour ainsi servir pour le gain du premier set. L’offrande est trop belle pour Djokovic qui montre ses limites mentales ce jour-là. « Nole » manque quatre balles pour conclure le set dont profite Federer. Sur une double faute, il relance le suisse qui s’impose au jeu décisif 7 points à 4. Malgré cette désillusion, le plus jeune sur le terrain impose son jeu et mène jusqu’à 4-1. Le moment choisi par Federer pour faire parler son expérience et sa justesse tactique en variant habillement les coups. 4-4 avant deux nouvelles balles de set pour Djokovic à 6-5, service adverse. Deux de trop pour le serbe qui craque à la finition et sort un coup droit d’un cheveu.

Federer revient à 6-6 et s’échappe ensuite dans le tie break, 6 points à 2 avant d‘achever un Djokovic timide à la volée d’un passing de revers. Le plus dur est fait pour le numéro 1 mondial. Dans la troisième manche, Federer fait preuve de maitrise pour mener 5-4, service Djokovic. Nouveau moment clé du match, et nouveau moment choisi par le « King » pour mettre la pression sur son adversaire. Un peu trop pour Djokovic qui s’incline sur la deuxième balle de match. Vêtu de noir, Roger Federer aura laissé passer la tempête à deux reprises avant de crucifier un rival de plus. Quatrième titre à l’US Open pour celui qui occupe depuis 188 semaines le trône mondial.

  • Majestic Djokovic

A l’aube de la saison 2008, Djokovic n’a plus rien d’un outsider. Il fait même figure d’épouvantail dans sa partie de tableau. Après une fin d’année stratosphérique où il a notamment atteint la finale de l’US Open contre Federer, le « Djoker » arrive à Melbourne en confiance, sûr de ses qualités. Ses premiers tours sont convaincants. Il ne concède d’ailleurs aucun set jusqu’au stade des demies-finales où se dresse face à lui, le triple vainqueur et double tenant du titre, Roger Federer. Le refrain est toujours le même entre les deux joueurs. Une guerre de tranchées qui se gagne derrière sa ligne. Une bataille où chacun avance ses armes.

En fond de court, « Nole » plane et accélère en revers chaque fois qu’il en a l’occasion. A la fin du set, le serbe montre qu’il a appris de ses derniers affrontements face au « Maître ». A 6-5, service Federer, il parvient à mettre la pression sur son adversaire et le force à manquer un revers pourtant évident. Le Serbe est plus régulier, tient mieux la balle et se montre plus patient. Parfois transparent au cours d’un match, Djokovic est plus concentré, plus mature. Au terme d’un match qu’il aura maîtrisé de bout en bout, le Serbe peut s’effondrer. Le plus dur est fait. Éliminer Roger Federer à Melbourne, aucun joueur ne l’avait fait en 20 matchs. Cette victoire vaut son pesant d’or. Encore plus que le joueur âgé de 20 ans triomphera deux jours plus tard contre un certain Jo-Wilfried Tsonga. Imo Nole !

  • US Open 2010, le tournant d’une carrière

Les Etats-Unis commémorent le triste 9ième anniversaire de l’attentat du World Trade Center. Les drapeaux sont en bernes mais deux joueurs en fête sur le terrain. Le fait d’en parler hérisse les poils. Ce jour-là, Djokovic réalise un miracle. Mené 2 sets à 1 en demie-finale face à un Federer qui a l’ascendant psychologique grâce à leur dernière confrontation, « Nole » renverse la situation. En revenant tout d’abord à 2 sets partout, puis en sauvant deux balles de match. Les New-Yorkais ont cette fois-ci un autre événement à se rappeler, un match fou conclu à 5-7 6-1 5-7 6-2 7-5. Et ce n’est que l’Acte 1 de cet épisode disputé à Flushing Meadows.

  • Année 2011, passage de témoin

En 2011, les deux joueurs suivent deux courbes opposées. Si Novak Djokovic est sur un nuage avec des victoires prestigieuses aux Masters 1000 de Indian Wells, Miami, Madrid et Rome, enchaînant pas moins de 41 victoires consécutives. Roger Federer, lui, fléchit et n’a plus atteint une finale de Grand Chelem depuis l’Open d’Australie 2010, soit 4 majeurs de suite. Du jamais vu depuis sa première victoire à Wimbledon en 2003. Mais n’aurait-il pas eu besoin de repos tout simplement ? A la veille de Roland Garros, la rivalité est tendue entre les deux joueurs. En disgrâce, Federer est critiqué. Pourtant il ne joue pas ou tout du moins, plus autant que les années précédentes. On le dit vieillissant, incapable de se sublimer face à des joueurs du calibre de Djokovic ou Nadal. L’orgueil du Roi est piqué à vif. En conférence d’avant match, il semble pourtant ne jamais avoir été aussi serein à Roland Garros. Sa victoire deux ans plus tôt l’a libéré, et quasiment pour la première fois depuis le début de leur rivalité, Djokovic est favori. Au terme d’un match incroyable où les deux rivaux jouent leur meilleur tennis en même temps, Roger Federer ressuscite et inflige au « Djoker » sa première défaite de la saison. Déjà vainqueur sur l’ocre de la Porte d’Auteuil en 2009, le Roi réalise là son match le plus abouti sur la terre battue parisienne, 7-6 6-3 3-6 7-6.

Cette année 2011 se poursuit à un rythme frénétique pour le Serbe. Malgré sa défaite à Roland Garros, Novak Djokovic surfe sur son incroyable dynamique du début de saison. A Wimbledon, le 3 juillet, il remporte sur le gazon londonien son troisième titre du Grand Chelem, son premier à Londres. Le lendemain, il devient pour la première fois de sa carrière numéro 1 mondial. Que des premières pour le serbe qui confirme son statut de champion à New-York, lors d’une demie-finale, une nouvelle fois épique.

Car Federer, depuis son début d’année frileux mais son renouveau à Roland Garros a retrouvé une certaine confiance. Il met en place une nouvelle stratégie essentiellement basée sur un raccourcissement des échanges. Malgré un début de match à son avantage où il aura su serrer le jeu dans les moments clés, le scénario de 2010 se répète. Invincible cette année-là, tout réussit au serbe qui remonte deux sets puis efface deux balles de match dont une sur un retour de coup droit hallucinant. Avec un geste envers la foule en délire acquise au Suisse du genre : » Et alors ? On fait quoi maintenant ? » . Score final ? 6-7 4-6 6-3 6-2 7-5. Djokovic atteint là le sommet de sa carrière avec trois victoires en Grand Chelem la même année.

 

  • La consécration à Wimbledon, jardin béni

Depuis quatre tournois du Grand Chelem, l’histoire se répète pour Roger Federer. A Wimbledon, terre où il s’est bâti, il est éliminé au stade des quarts de finale la saison précédente. Désireux de prendre sa revanche, le Maitre retrouve le feu sacré en demie-finale face au patron du circuit. Quelques semaines plus tôt, à Roland Garros, Djokovic s’était défait pourtant du même Suisse. Cette fois, Federer fait étalage de sa classe et de son génie pour éliminer le tenant du titre. Dans la foulée, Federer décroche son 17ième titre en Grand Chelem, égale le record de Pete Sampras à Wimbledon (7) et pique même la place de numéro 1 mondial à Djokovic. En bon vieux briscard !

Deux ans après leur premier duel à Wimbledon, les deux joueurs s’affrontent pour un remake, cette fois-ci en finale. Djokovic a repris les commandes du classement mondial alors que Federer est annoncé sur le déclin car pour la première fois depuis 2003, il est numéro 4 mondial. Ce match atteint un niveau exceptionnel, rarement vu sur le gazon londonien avec des échanges excédant les 20 frappes de balle. Mais l’effort fourni au quatrième set pour recoller à deux manches partout aura raison de l’helvète. Résultat 6-7 6-4 7-6 5-7 6-4

Deux joueurs qui résument à eux seuls l’évolution constante du tennis. Jamais avant leur arrivée sur le circuit, les amateurs de la balle jaune auraient pu imaginer leur sport atteindre un tel niveau. Leur rivalité rythme l’Histoire du tennis depuis maintenant dix ans, chacun ayant l’un pour l’autre un immense respect, résumé dans la vidéo ci-dessus. Conscients que l’un sans l’autre, ils ne seraient jamais parvenus à hisser leur jeu au-delà de l’imaginaire collectif. Leurs carrières sont étroitement liées. Une rivalité comparable à celles entretenues entre Mc Enroe et Borg dans les années 80, Agassi et Sampras dans les années 90. Une rivalité marquée par trente-huit confrontations, douze finales et vingt-et-une demie-finales. Stratosphérique. Comme leurs échanges. Dernier focus.

 

Paolo Caumeau

Écrit par Paolo Caumeau