La face cachée des NAC

Très prisés des particuliers depuis plusieurs années, les animaux exotiques attirent les convoitises de trafiquants du monde entier. Un business lucratif, devenu la troisième activité criminelle la plus lucrative après les trafics de drogues et d’armes, qui nuit à la biodiversité. 

Tortues ©Ariane Menage

Tortues ©Ariane Menage

Face à un besoin d’exotisme et d’originalité, de nombreux animaux sauvages font leur entrée dans les foyers français. L’Hexagone compte ainsi plus d’un million de reptiles, près de trois millions d’oiseaux et presque autant de rongeurs. Un nouvel engouement qui fait explosé le marché illégal. Chaque année, 27 000 espèces sont ainsi vendues illégalement en France. Des transactions largement facilitées par Internet où les annonces pour des animaux exotiques, dont l’origine n’est pas certifiée,  pullulent. « Internet est un marché difficile à contrôler. On peut difficilement remonter jusqu’aux réseaux qui s’articulent comme les narcotrafics« , concède Jérôme Legrand, conseiller de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). D’autant plus que les futurs propriétaires participent également au trafic d’animaux. « Les particuliers achètent des bêtes sur Internet ou à d’autres particuliers sans savoir que ces dernières sont protégées et donc interdites à la vente« , ajoute le conseiller de l’OCLAESP. Un marché nébuleux qui, à échelle européenne, représente un chiffre d’affaire de plusieurs dizaines de millions d’euros et auquel les autorités peinent à mettre un terme. Sur ces 27 000 espèces qui transitent principalement dans les aéroports et les ports commerciaux français, seules 1392 ont été interceptées par les douanes en 2014. D’autant plus que les peines, même si elles sont plus lourdes que celles appliquées pour les animaux domestiques, restent peu dissuasives. Les contrevenants s’exposent uniquement à un an de prison et 15 000 euros d’amende – 7 ans de prison et 150 000 euros d’amende en bande organisée. Un travail quasi titanesque pour les services de protection des espèces mais « nécessaire » selon l’OCLAESP afin de préserver les espèces et la biodiversité.

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Milieu hostile

Car parmi la multitude d’espèces dites « exotiques » se trouvent des animaux protégés, voire en voie de disparition. Et pour Jérôme Legrand, conseiller ONCFS à l’OCLAESP, « les acheter ne permet pas de les préserver, comme certains peuvent le croire« . L’implantation de certaines espèces dans des milieux qui ne leur sont pas adaptés peut modifier leur comportement. En captivité, certains peuvent se montrer rapidement agressifs envers leurs propriétaires ou eux-même. Pire encore, posséder des animaux exotiques peut bouleverser les écosystèmes si ces derniers se retrouvent dans la nature. D’autant plus que certaines espèces sont invasives. Plusieurs villes du sud de la France ont ainsi vu disparaître les traditionnels moineaux, remplacés par des perruches relâchées dans la nature. Un bouleversement des écosystèmes qui peut également entraîner des risques sanitaires.

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Guerre bactériologique

Les dangers liés au trafic illégal de NAC ne s’arrêtent, en effet, pas qu’au bien-être des espèces. Selon les vétérinaires, nombre d’animaux sont vecteurs de maladies. Les primates, comme les singes magots très populaires au début des années 2000, représentent ainsi un risque sanitaire particulièrement sérieux en raison de leur similarité biologique avec l’Homme. Ils peuvent ainsi être porteurs de bactéries responsables de la tuberculoses, de l’herpèsvirose B ou même du virus Ebola. D’autres animaux, inoffensifs au premier abord, peuvent participer à la réintroduction de maladies éradiquées sur le sol européen, comme la peste ou la variole. De plus la création d’espèces hybrides chez les serpents peut mener au développement de nouveaux venins pour lesquels il n’existe pas de remèdes connus.

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Or malgré tous ces risques, le grand public semble peu informé. Les législations restent complexes. D’autant plus que certains animaux peuvent être soumis à des dérogations. « Par exemple, si un perroquet, aujourd’hui protégé, a été acheté plusieurs années auparavant il peut être revendu à un particulier par son ancien propriétaire« , explique Jérôme Legrand. Un imbroglio qui joue en la faveur du trafic d’animaux.

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Chloé Le Ribaut, Ariane Ménage, Solène Collas 

Écrit par chloe.leribaut