Est-ce bien raisonnable de dormir aussi peu que ne le fait Macron?

Dormir moins de 6h par jour ? Cela peut paraître infaisable pour certains, et pourtant, pour d’autres, cela leur suffit amplement. Ceux que l’on appelle les « petits dormeurs » intriguent et inquiètent les médecins… Se pourrait-il que leur mode de vie nuise à leur santé ?

Peu dormir pour mieux réussir ? C’est selon Emmanuel Macron, la clé du succès. Lors de son interview sur France 2 dimanche 17 décembre, le président de la République a confié passer des heures entières à son bureau dans le seul but de « travailler les dossiers de fond ». Étant occupé par ses obligations protocolaires la journée, celui-ci est obligé de rester jusqu’à des heures (très) tardives pour effectuer ces tâches : « C’est le week-end et le soir qu’on y passe le plus de temps ».

Avec seulement trois à quatre heures de sommeil par nuit (selon des témoignages indirects), Emmanuel Macron privilégie donc le travail à des horaires plus calmes et propices à la concentration, plutôt que de dormir. « Je dors peu. Mais j’ai toujours peu dormi, donc ça me coûte très peu » explique-t-il dans son bureau de l’Elysée.

 

Les petits dormeurs 

Comme lui, environ 1 à 3 % de la population est concernée par le « court sommeil » : on appelle ces personnes des petits dormeurs (environ 6 à 7h de sommeil par nuit), voir très petits dormeurs (moins de 6 heures de sommeil par jour). Mais attention, il existe deux cas à ne pas confondre.

Il y a tout d’abord ceux qui ‘subissent’ leur « court sommeil »  : ils dorment peu (voir pas du tout) et se réveillent encore fatigués. Leurs insomnies peuvent s’expliquer par une certaine pression sociale, les médicaments, l’alcool, le stress et la dépression provoqués par une société qui valorise la productivité, et enfin les nouvelles technologies. D’après l’Institut national du sommeil et de la vigilance, c’est environ 54% des Français qui estiment ne pas assez dormir.

Et il y a ensuite ceux qui le choisissent : ces cas sont très rares, mais il existe bel et bien des gens qui ne ressentent pas le besoin de beaucoup dormir et qui arrivent très bien à vivre avec.

Des effets dangereux pour notre santé ?

Cette diminution du temps de sommeil que l’on observe depuis plusieurs années déjà commence à inquiéter les professionnels de santé. À trop peu dormir, notre organisme s’en voit complètement chamboulé. Alors une question primordiale se pose : le « court sommeil » peut-il être dangereux pour la santé ?

Dans le cas des petits dormeurs qui ‘subissent’ le « court sommeil », il paraît évident de dire que ces derniers (s’il ne cherchent pas de solution durable) mettent leur santé en danger. Comme l’explique le docteur spécialiste du sommeil Bertrand De La Giclais : « Un bon sommeil, c’est quand on se réveille en forme le matin et il n’y a pas de somnolences dans la journée ».

Les conséquences de ce manque de repos peuvent être immédiates, avec une augmentation de la fatigue, une somnolence, l’instabilité de l’humeur, des risques d’accidents… Mais elles peuvent également se dévoiler sur le long terme, sous la forme de troubles cardiovasculaires (AVC, infarctus, hypertension) ou de troubles métaboliques (diabète, prise de poids, dépression). Le corps humain est donc dans une situation où il est plus sujets aux bactéries et moins à même de s’en défendre. La médecine a récemment fait le lien entre le manque de sommeil et certains cas de cancers du sein ou de la prostate.

 

Concernant ceux qui choisissent de réduire leur sommeil, les avis sont plus mitigés. Selon Sylvie Royant-Parola (présidente du Réseau Morphée qui prend en charge les troubles du sommeil et psychiatre spécialisé dans le sommeil) pour être opérationnel dans la journée, il faudrait obligatoirement cumuler 7 à 8 heures de repos. « Un adulte se met en réel danger s’il dort moins de six heures par nuit », explique-t-elle dans une interview pour Le Monde.

Le Dr. De La Giclais, quant à lui, estime qu’à partir du moment où la personne se réveille sans être fatiguée et qu’elle n’est pas sujette à de la somnolence pendant la journée, il n’y a aucun risque pour sa santé. « Le sommeil est vital, mais nous n’avons pas tous les mêmes besoins », nous explique-t-il, « Dans le cas de ces personnes, ce n’est pas pathologique mais physiologique ».

Suivre l’exemple d’Emmanuel Macron et dormir peu pour être plus efficace n’est donc pas forcément l’exemple à suivre puisque ce mode de vie ne convient pas à tout le monde. Travail en quantité ne rime pas toujours avec travail de qualité!

Marion Planque

Écrit par IEJ3A