En 2017, le vin se fait nature

Pointé du doigt pour sa robe rayonnante de pesticides, le vin conventionnel a déjà commencé à se faire voler la vedette par le bio. Depuis peu, c’est le vin nature, encore plus proche du terroir, qui tente de détrôner les plus grands crus de nos tables.

On le présente comme le vin de demain, on l’adule autant qu’on le déteste mais il fait son entrée dans la cour des grands. Le vin nature – ou naturel – devient indéniablement grand public. Une démocratisation lancée, entre autre, par Action Bronson. Le rappeur, chef, gourmet, amateur de vin a, en seulement quelques épisodes de sa série « From Paris With Love », réussi à donner l’image « cool » qui manquait au vin nature. Présent sur les tables des plus grands restaurants et chez tous les cavistes, il est devenu incontournable grâce à son identité bien particulière. De cet engouement, une toute nouvelle génération de producteurs a émergé, bousculant les traditions. Réelle évolution ou simple effet de mode ?

Dans cette nouvelle génération, il y a Régis Pichon propriétaire du Domaine Ribiera au coeur du Languedoc. Installé depuis 2005 pour produire du vin conventionnel, il décide trois ans plus tard de se tourner vers le vin naturel. Un choix logique selon lui. « Je ne mangeais pas mes raisins, je ne buvais pas mon vin, il y avait trop de pesticides ». En transformant ses 7 hectares de vignes plantées entre mer et montagne, Régis s’est mis à faire les vendanges à la main et à cultiver son domaine sans aucun produit chimique. Toutes ses parcelles sont en agriculture biodynamique, une pratique agricole basée sur l’autonomie et les cycles lunaires et planétaires. Les raisins après cueillette ne sont transformés que par leurs levures naturelles dans des barriques. Ce processus se différencie une fois de plus des pratiques conventionnelles puisque aucun intrant (sulfite, levure, blanc d’oeufs) n’est ajouté pour stabiliser ou favoriser la vinification du jus de raisin. La définition même d’un vin naturel qui doit tout à la terre et à la nature.

Des barriques sortent alors ces vins à « l’odeur d’écurie » qui n’ont certes pas l’envergure médiatique des grands crus de Bordeaux mais qui représentent un savoir-faire tout aussi authentique, si ce n’est plus. Des vins qui se veulent vivants, pas toujours parfaits mais qui ne mentent pas au consommateur. De cette vérité, Régis en explique en parti sa conversion

« On avait cette envie en se mettant au vin nature de rendre un environnement meilleur pour les générations à venir. Pour nous, c’est une nouvelle façon de vivre plutôt que de simplement faire du vin ».

Un mode de vie plus sain et raisonné qui semble combler une nouvelle génération de consommateur.

Pour Leah Angles, productrice dans les Pyrénées-Orientales, et docteure en oenologie, cette sincérité explique aussi la difficulté pour certains vins nature à se faire une place dans les rayons de supermarché et sur les grandes tables.

« Dans une caisse de 6, il arrive que 4 bouteilles soient excellentes et 2 totalement imbuvables » explique-t-elle.

Des quilles qui manquent donc parfois de stabilité, mais qui arrivent à convaincre certains amateurs et professionnels. Ainsi, à l’Arpège, restaurant triplement étoilé d’Alain Passard, on retrouve sur la carte deux vins nature : logique pour cet amoureux du terroir.

Pour autant, Leah regrette la mauvaise publicité faite aux vins conventionnels par les plus grands défenseurs du vin nature « certains ne jurent plus que par le vin nature en pensant que le traditionnel est mauvais. Il faut aussi prendre en compte que de nombreux domaines pratiquent une agriculture raisonnée. Ils ne se différencient du vin nature que par les sulfites et intrants qu’ils ajoutent pour offrir une meilleure stabilité au produit ”. Faire la part des choses reste donc nécessaire, et pas de souci à se faire : une bonne bouteille, qu’elle soit nature ou conventionnelle égaiera toujours un repas en famille ou entre amis !

Léandre Mage et Benjamin Teil

Écrit par IEJ3B

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