EGYPTE: 5 ans après la révolution, le désenchantement

Le 5ème anniversaire du soulèvement de la place Tahrir ne sera pas célébré au Caire. Il illustre toutefois la désillusion à laquelle se confrontent les Egyptiens. Les progrès démocratiques attendus ont laissé place à des dérives totalitaires.

L’Etat d’urgence est décrété dans toute l’Egypte. Surveillée par des blindés de l’armée, l’accès à la place est bouclé. De lourdes portes de fer ornées de barbelées entravent chaque issue. 

Epicentre du mouvement révolutionnaire de 2011 qui avait permis de renverser le président Hosni Moubarak dans le sillage de l’exemple tunisien, la Place Tahrir est jugulée. Elle incarne auprès de la population un mythe d’une nouvelle Egypte que les autorités veulent contenir.

Dans le même but, tous les prêches donnés par les imams de la capitale ont été contrôlés par le régime afin qu’ils appellent à ne pas manifester aujourd’hui.  Plus de 5000 perquisitions dans les appartements de la ville ont ciblé les potentielles entreprises de contestation tandis que dans le même temps, les administrateurs de pages Facebook incitant à la révolte étaient arrêtés.

Actuellement, plus de 15.000 Frères musulmans présumés sont emprisonnés, et des centaines ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs dénoncés par l’ONU. La société islamiste est considérée comme responsable de tous les maux dont souffre la nation par le nouveau président, le Général Abdel Fattah Al Sissi, qui a renversé son leader Mohammed Morsi, en 2013. Un prétexte utilisé pour légitimer les dérives anti libertaires du pouvoir en place. Cette répression féroce s’est depuis étendue aux mouvements laïques et progressistes.

Les conséquences de l’instabilité sont d’autre part nettement ressenties dans le secteur touristique, pilier de l’économie égyptienne.

Après cinq années de chaos politique le président Sissi a de nouveau appelé, dimanche, à la patience. « Les expériences démocratiques ne maturent pas en une nuit mais par un processus cumulatif et continu », a-t-il justifié.

Pour Gamal Eid, directeur du Réseau arabe des droits de l’homme, la situation est « pire qu’elle ne l’était sous Moubarak ou sous le règne des Frères musulmans ».

John Barrot

Le film Je suis le Peuple de la réalisatrice française Anna Roussillon, actuellement sur les écrans, chronique ainsi les lendemains de la révolution.

Écrit par John Barrot