Edmonde Charles-Roux, femme aux mille vies

Edmonde Charles-Roux s’est éteinte hier, le 20 janvier 2016, après 95 ans d’une vie portée par les lettres. Journaliste, romancière, résistante, académicienne, il est impossible de dresser le portrait de cette femme sans parler de plusieurs vie en une seule.

Edmonde Charles-Roux nait le 17 avril 1920 à Neuilly-sur-Seine dans une famille aisée. Après une enfance à Prague et des études à Rome, la guerre la rattrape et Edmonde Charles-Roux devient infirmière dans l’armée lors du conflit mondial. Elle est blessée à Verdun en 1940, mais ce n’est pas son genre de se mettre en retrait : qu’importe, elle sera résistante. « Vivre, c’est dire non », répétait-elle souvent. Elle l’a illustré à chaque étape de son existence, dans un monde où la place sociale de la femme était encore loin d’être acquise.

Toujours bouleverser les codes 

En 1946, après la guerre, elle intègre un petit journal en cours de création, ELLE, avant de le quitter, sans trop de choix, douze ans plus tard pour avoir imposé une mannequin noire en couverture, et s’est fait des amitiés un peu trop de gauche au goût de ses patrons. Une sensibilité politique qu’elle conservera toute sa vie, à commencer par sa rencontre la même année avec son futur mari, Gaston Defferre, maire socialiste de Marseille, alors marié. Elle l’épousera après sept ans de liaison, et deviendra un symbole de l’intelligentsia phocéenne.

D’ELLE, elle passe deux ans plus tard à Vogue, qu’elle dirigera à partir de 1954. Elle y impose sa marque, comme partout où elle passe : 30 pages culture côtoient désormais 30 pages mode ! Elle évolue dans les lettres et fera  connaître les siennes. En 1966, elle remporte le plus grand prix littéraire, le prix Goncourt, pour « Oublier Palerme », rejoint l’Académie Française en 1983, en est élue présidente en 2002. Ses livres seront ensuite traduits en une vingtaine de langues. « Elle Adrienne », « l’Irrégulière »… autant d’œuvres qui marqueront le paysage littéraire français ; depuis l’annonce de son décès, les hommages pleuvent. Bernard Pivot, à qui elle avait transmis le flambeau de la direction de la Présidence de l’Académie Française en 2014, a réagi dès ce midi :

Pierre Bergé, son ami de longue date, pleure lui aussi la romancière :

La femme, qui confiait avoir du mal à « supporter l’ennui poliment et patiemment », aura marqué par l’ensemble de son oeuvre l’histoire culturelle française. Elle aura côtoyé tous les grands de son temps, d’Helène Lazareff, à Yves Saint Laurent en passant par Yves Klein ou François Mitterand.

Rafaëlle Dorangeon

Écrit par Rafaelle Dorangeon