D’où viennent les systèmes D ?
@Instagram/lokeydesign

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Depuis la fin des années 80, la consommation a évolué en France. Et face à la crise économique de 2008, les Français ont appris à moins dépenser grâce aux systèmes D. Quelles sont ces nouvelles façons de consommer ?

Troc, bons plans sur Facebook, essor du marché d’occasion et Do It Yourself… Ces nouveaux systèmes D émergent depuis vingt ans, en France. Et plus particulièrement depuis le début des années 2000 avec l’émergence de l’économie collaborative.

Selon Pierre Rondeau, professeur d’économie à la Sorbonne, ces systèmes sont apparus à la fin des Trente Glorieuses, après le choc pétrolier de 1973. Ils ont refait surface après la crise économique de 2008.

« La jeunesse reste bercée par les trente glorieuses, le baby-boom, les CDI et les postes de cadre, sauf que le monde actuel n’est plus comme ça. »

En effet, pour l’économiste, la crise a également eu des effets sur l’organisation du travail. Pour Philippe Moati, spécialiste de la consommation, interviewé par l’Express en Octobre 2013, « 80 % des ménages disent ressentir une dégradation de leur niveau de vie. »

Désormais, il n’est pas rare de voir des personnes au chômage lancer leur activité à domicile en tant qu’auto-entrepreneur. D’autres se sont lancés dans l’échange de bons plans, créant une nouvelle économie basée sur la confiance et le lien social, en pleine mutation digitale. Un retour à l’ « homo-habilis », selon les propos du sociologue Renan Chastelier. Il explique :

« Les gens ont appris à vivre avec la crise, et ne se laissent pas avoir par le pessimisme ambiant. Au contraire, ils cherchent des astuces, des solutions, de nouveaux modes de consommation » *.

Aujourd’hui, les besoins économiques des français ont changé avec la baisse du pouvoir d’achat. Les consommateurs cherchent à cibler leurs besoins et à éviter les achats compulsifs. Citadins, ruraux et familles monoparentales se dirigent ainsi vers les commerces de proximité tout en voulant trouver des produits à faible coût, parfois même par le biais de leurs voisins via des échanges ou des prêts. Ils étaient d’ailleurs 55% a vouloir trouver des bons plans, selon l’Observatoire Confiance de La poste, en 2013.

L’essor des plateformes numériques a fortement contribué à l’adoption des systèmes D. Des entreprises ont d’ailleurs choisi de s’insérer sur le créneau des économies collaboratives à l’instar d’Airbnb, ou BlaBlaCar. En 2014, selon une enquête de 60 millions de consommateurs, 14% d’utilisateurs y avaient déjà eu recours.

Le « Do it Yourself » , la nouvelle passion des français

Pourtant le système reste très présent entre particuliers et sans intermédiaires. On y retrouve le Do It Yourself ; un marché qui attire de plus en plus les adeptes du « fait-maison ». « A échelle individuelle, il peut être aussi productif qu’un employé en entreprise. C’est du libéralisme dans le bon sens », ajoute Pierre Rondeau. En 2013 par exemple, son marché était de 1,250 milliards d’euros en France, selon le sondage d’Opinon Way.

Magali Thiebaud tient depuis 2011 un blog dédié au "Do It Yourself". @Twitter/lemeilleurduDIY

Magali Thiebaud tient depuis 2011 un blog dédié au « Do It Yourself ». @Twitter/lemeilleurduDIY

Cette tendance remonte aux années 60. Elle a été créé aux Etats-Unis par un certain Stewart Brand, membre d’une communauté hippie de Bay Aera. Une mode qui a vite atteint la France. En 2013, 60% des français disent pratiquer le DIY. 20% d’entre eux se définissent comme des créateurs réguliers. C’est le cas de Magali Thiebaud. Elle a créé en 2010 son blog  »Le meilleur du DIY », qui comptabilise désormais  un million de vues par mois. Un site sur lequel elle prodigue ses conseils et déniche pour ses lecteurs le meilleur des créations DIY. Une activité qui lui prend du temps, en plus de son emploi; elle est chef de produit .

« Mon blog me prend mes soirées, mes week-ends et mes vendredis entiers. Je passe beaucoup de temps à la conception. Ça me prend en moyenne une heure par jour et je peux passer deux heures dans un magasin à choisir mes matières, » explique-t-elle.

Et contrairement aux idées reçues, le DIY n’est pas forcément à la portée de tous. « Je peux certains mois dépenser jusqu’à 200 euros en fournitures. » Avec un coût de revient parfois aussi élevé, le DIY perd donc son côté accessible à tous et anti-crise.

*Emission du 24/03/2014 sur France 5 /La Dépêche, Juin 2015.

 Valentine Puaux, Marjolaine Margue

 


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Écrit par valentine.puaux