Dopage, le côté obscur des salles de musculation

Les salles de musculation sont de plus en plus à la mode. Et à l’intérieur d’entre elles, les produits dopants aussi. Beaucoup y ont aujourd’hui recours pour sculpter leur corps en un temps record. A tel point qu’en France, les salles de musculation sont aujourd’hui devenues un véritable lieu pour le trafic de produits dopants. Enquête.

Au fond de cette salle de musculation, Marc, une armoire à glace de 27 ans, est en train de travailler ses énormes biceps. Depuis ses 18 ans, Marc passe « au minimum 360 jours par an à la salle« , une passion. Mais après quatre années à soulever de la fonte, ce dernier ne parvient plus à développer davantage son corps. « J’avais beau travailler sans relâche, rien à faire […] alors j’ai fait comme tout le monde, et je m’y suis mis ».

A quoi Marc s’est-il mis ? Aux stéroïdes anabolisants, commandés sur Internet pour une centaine d’euros. Des produits dopants, qui augmentent la masse musculaire. A l’origine, ce produit est utilisé à des fins médicales. Selon le médecin du sport, Helen Pondaven, « ils permettent d’augmenter la production de testostérone, afin de soigner des maladies rénales ou des problèmes de croissance. Les stéroïdes anabolisants peuvent être utilisés, mais de manière très contrôlée“.

Pourtant, en 2015, près de 5 à 15% des sportifs amateurs, soit environ 900.000 à 2.700.000 pratiquants, auraient eu recours à ces produits, hors ordonnance médicale.

Marc, lui, fait depuis cinq ans des « cures » de stéroïdes par injection « une fois par semaine, pendant huit semaines […] Je sais que c’est dangereux, et s’il devait y avoir des conséquences sur ma santé, j’assumerai ».

Le docteur Helen Pondaven dresse en effet une liste impressionnante d’effets secondaires : « Tension artérielle, cholestérol, problèmes cardiaux, acné, cancer des testicules ». Malheureusement, elle explique que ces dangers sont encore trop peu connus : « Les stéroïdes sont des produits qui nécessitent une extrême vigilance médicale. Surtout quand on sait que de plus en plus de gens meurent chaque année d’accidents cardiaques à cause de ces stupéfiants“.

Jérémy a failli être l’un d’entre eux, mais a échappé au pire. À l’époque, ce jeune de 27 ans pratiquait la boxe à haut niveau. Comme Marc, il n’arrivait plus à prendre de muscle en travaillant. « J’ai d’abord commencé à avaler des gélules d’anabolisant. Je n’avais pas l’impression de me droguer. C’est quand j’ai commencé les injections que j’ai réalisé que j’étais en train de jouer avec ma santé ».

Au fil des mois, son comportement se met à changer. Très marqué, il nous raconte un épisode douloureux : « Un jour, une femme me bouscule dans la rue. Je me retourne, je l’attrape en la soulevant par le col. J’étais littéralement fou de rage, à deux doigts de disjoncter […] c’est le produit qui m’avait rendu comme ça ».

Jérémy n’a aujourd’hui plus recours à aucun produit dopant. Cependant, son corps garde d’importantes séquelles : « Je souffre d’énormes insuffisances cardiaques. Il m’arrive aussi d’avoir des hépatites extrêmement sévères, au niveau de mon foie ».  « J’ai joué avec ma vie, aujourd’hui je le paye cash », conclut-il les larmes aux yeux.

Le dopage, une lutte impossible ?

Que font les gérants des salles de musculation face ce fléau ? Nous avons interrogé un gérant d’une salle en Seine-et-Marne, qui a préféré rester anonyme. A l’intérieur des locaux, on affiche sur les murs un message clair : « Non aux produits-dopants ». S’il a toujours été soigneusement appliqué, jamais un trafic n’a cependant été dénoncé aux autorités, lorsqu’il en était question. « L’an passé, j’ai su qu’il y avait un trafic, raconte le gérant. J’ai viré les responsables, en menaçant de les dénoncer à la police […] mais je n’ai rien fait, pour ne pas faire de mauvaise pub à ma salle ».

Laurent Valadié, secrétaire général adjoint de l’Agence Française de la lutte contre le dopage (AFLD) explique qu’il est aujourd’hui très compliqué de combattre le phénomène. « Nous mettons en place des opérations de sensibilisation auprès des salles de sport. Il faut que les gérants comprennent que ce n’est pas en fermant les yeux que nous arriverons à régler le problème. »

Mais avant d’y parvenir, le chemin s’annonce encore très long. Car les actions de l’AFLD, principale organisation nationale engagée dans la lutte contre le dopage, risquent de s’affaiblir dans les années à venir, notamment pour des questions de budget. « Notre budget présente aujourd’hui, de manière structurelle, un déficit annuel de l’ordre de 650.000 euros », déplore l’AFLD, qui en appelle à l’Etat. Faute de moyens, l’Agence a annoncé qu’elle devra réduire de 20% le nombre de ses contrôles.


Produits dopants, le trafic inconnu
Pendant ce temps, le trafic de produits dopants ne cesse de se développer, et notamment sur Internet. Il suffit en effet de taper « acheter produits dopants » pour que des centaines de résultats apparaissent. « Il y a 5-6 ans, on trouvait difficilement des produits dopants sur internet. Aujourd’hui, c’est à portée de main, explique Laurent Valadié. Malheureusement, on ne sait presque rien des entreprises qui les commercialisent […], c’est donc très compliqué de réussir à les faire tomber ».

Aujourd’hui, il est impossible de chiffrer le nombre exact de personnes se dopant dans les salles de musculation française. Il est encore plus difficile d’évaluer le nombre de décès liés aux stéroïdes. En revanche, il suffit de quelques recherches pour trouver de nombreux articles relatant la mort de sportifs et où les stéroïdes sont pointés du doigt.

Du côté de l’Etat, on tente timidement d’agir. Pourtant, dès 2013, le Sénat avait publié un rapport proposant des attaques ciblées afin d’endiguer les trafics. Mais presque trois ans plus tard, les trafics existent encore et sont même plus nombreux.

Combien de morts faudra-t-il encore avant que les stéroïdes fassent la une de l’actualité ? Sûrement beaucoup trop…

Benjamin Britault et Marie Lizak

Écrit par iejpedago