Don d’organes : vers une générosité forcée ?

Jeudi 26 mars, la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée a adopté un amendement dont le but est de contrer la pénurie de greffons. Problème pour certains : l’amendement prévoit de se passer de l’avis des proches du défunt.

Depuis 1976, la  loi Cavaillet  a défini le principe de « consentement présumé » qui consiste à affirmer que chaque Français représente un donneur potentiel sauf avis contraire des proches ou expression du patient avant son décès. Aujourd’hui, l’amendement, initié par deux députés, Michèle Delaunay et Jean-Louis Touraine, prévoit d’ici 2018 de se passer de l’avis des familles. Toute personne n’ayant pas affirmé son refus de donner dans le registre national des refus, est un donneur potentiel. Désormais, les familles seront simplement prévenues des « prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements ». Et bien que 80% des Français soient favorables au don d’organes selon les sondages, la pénurie est avérée et les donneurs vieillissants.

Le don d’organes, un sujet méconnu

D’ici trois ans, il faudra donc s’interroger sur sa position. Chaque personne aura deux choix : se déclarer au registre national des refus (qui compte déjà 100 000 inscrits) ou bien se soumettre à la politique du « Qui ne dit mot consent ». Il faut dire que si le sujet fait l’actualité, c’est surtout parce qu’il est peu connu du grand public. 13% des français seulement sont au fait de cette loi, et le processus engagé vise à une démocratisation d’un sujet tabou : la mort. Le sujet n’est généralement abordé qu’au moment de la mort du défunt, et le corps médical dispose de peu de marges de manœuvre pour envisager un prélèvement d’organes. Face à des familles désemparées, les décisions sont prises dans des contextes peu propices à une réflexion « libre, éclairé et exprès » comme le dit la loi Cavaillet.

Dans une longue tribune accordée au Huffington Post, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale, revient sur cet amendement. Il intervient également dans l’émission de Frédéric Taddeï, Ce soir (ou jamais !), diffusée le vendredi 27 mars, qui revient sur la notion de « contrôle du corps » et consacre une partie à cette question du don d’organes. (à partir de la 18ème minute). Pour lui, cet amendement ne peut que conduire à une « nationalisation » du corps. Il ajoute également que « La concertation et le consensus s’avèrent indispensables, faute de quoi le sentiment de trahison compromettrait l’indispensable besoin de considération et de confiance au regard d’une décision que l’on ne saurait en aucun cas instrumentaliser. »

Des chiffres encourageants

Cet amendement a fait réagir dans les deux sens, entre initiative solidaire pour certains, fin du contrôle de son corps pour d’autres. L’association Soigner Dans la Dignité, qui mène par ailleurs son combat contre la légalisation de l’euthanasie, fait le lien et entre don d’organes et fin de vie :

 

Egalement nuancé, Tugdual Derville, délégué général de l’alliance VITA et acteur médiatisé du milieu associatif, est favorable à cet amendement mais prévient de potentielles dérives :

Malgré cette méconnaissance, les chiffres sont encourageants puisqu’en quelques années, le nombre de donneurs d’organes a augmenté, ce qui influe forcément sur le nombre de greffes.

Des signes encourageants pour la fondation Greffe de vie, qui travaille activement pour sensibiliser la population à cet acte de solidarité. Un combat que la fondation a l’occasion de mener notamment lors de 2 dates clés : le 22 juin, journée nationale de réflexion sur le don d’organes, et le 17 octobre, journée mondiale du don d’organes et de la greffe.

Jordan Lesueur, 3F

Écrit par Jordan Lesueur