Des selfies qui rapportent gros

L’application de photos Instagram connaît un tel essor que certains en font leur métier, aidés par des agences et sponsorisés par les marques qui s’en servent pour faire la promotion de leurs produits. Bienvenue dans le monde merveilleux d’Instagram ou le genre publicitaire est en train de se renouveler.

C’est un fait connu, les stars des réseaux sociaux n’hésitent pas à faire sponsoriser leurs contenus par des marques afin d’engranger de l’argent grâce à leur popularité sur internet. Pour les plus populaires, cette pratique est extrêmement lucrative… mais aussi taboue, évidemment. Les stars du net oublient en effet souvent de signaler que la vidéo ou la photo qu’ils ont postée n’est rien de moins que de la publicité, ou qu’ils ont reçu gratuitement du fabricant l’objet dont ils parlent.  « Normalement les posts sponsorisés doivent avoir le #ad, apparemment c’est obligatoire d’après les conditions d’utilisation, mais moi ce n’est pas des post sponsorisés que je fais c’est plutôt le placement de produits que je reçois gratuitement en échange de photos et d’un article sur le blog », confie Thalia une jeune blogueuse parisienne.

La naissance d’une profession

Combien peuvent gagner ceux qui font comme Thalia? Il reste très difficile d’obtenir des chiffres clairs. Les instagrameuses communiquent très peu sur le sujet, et les joindre et parfois aussi difficile qu’appeler Beyonce, « Je serai aux Etats Unis, appelez-moi à 8 heures demain matin », répond l’une par e-mail. « Je serai en voyage pour 10 jours », nous répond l’autre. Votre flexibilité doit être maximale si vous souhaitez attraper ces jeunes « stars » qui, un jour, ont trouvé une nouvelle débouchée professionnelle grâce à Instagram. Elles ont lancé une nouvelle façon de créer son entreprise : sur son smartphone. Ça fait rêver non ?

Créé en 2010, Instagram a été racheté en 2012 par Facebook pour 594 millions d’euros. A l’époque,  l’appli comptait 80 millions d’utilisateurs actifs. Aujourd’hui, elle en cumule 500 millions. De quoi susciter l’intérêt des marques, surtout quand Instagram affiche un taux d’engagement 60 fois supérieur à celui de Facebook.

Une rémunération en argent et en nature

Même si les États-Unis restent très en avance sur la France, le réseau social Instagram est devenu dans l’Hexagone un vrai marché. D’où l’apparition d’agences spécialisées, comme Wopawap (ex Tribegram Lab) de Séverine Bourlet. Son agence et la concurrence font le lien entre les grandes marques (Chanel, Dior, Louis Vuitton, Furla…) et les instagrameurs. « Il existe deux formes de collaboration »,  explique Séverine Bourlet. La plus classique est le placement de produit, la photo d’un sac, d’un parfum. Mais de plus en plus de palaces (Le Meurice, Four Seasons, Relais & Châteaux…), de compagnies aériennes ou même de stations de ski haut de gamme proposent plutôt aux instagrameurs d’assister à un événement privé. Les photos seront postées en ligne, et chaque cliché « monétisé » selon l’audience, de 50 € à 4 000 €« . Pour une grosse opération avec « un Instagrameur suivi par 500.000 followers faisant une série de 10 photos, l’annonceur déboursera 10.000 euros. »

Voilà pourquoi sept blogueuses françaises, ferventes utilisatrices d’instagram sont en ce moment aux Arcs tous frais payés… La marque Sisley les as conviées, le temps d’un long week end, et comme promis leurs photos vendent du rêve avec toujours en hashtag #sisleyxlesarcs pour nous inciter ensuite à consommer. Bonne idée car 58% des utilisateurs d’Instagram disent avoir déjà acheté un article vu sur le réseau.

@sisleyparisofficial squad 🙌🏼 #sisleyxlesarcs

Une photo publiée par KenzaSMG (@kenzasmg) le

Pour les marques, Instagram est une vitrine devenue indispensable. « Tous nos nouveaux produits sont envoyés à une centaine de blogueuses influentes. Nous leurs offrons les vêtements  avec en contrepartie des photos sur les réseaux comme Instagram et un article sur leurs blogs », dévoile Sakina M’sa créatrice de mode qui tient le magasin « front de mode », un concept store en vogue pour les Parisiennes.

Elle ajoute: « Aujourd’hui tout le monde a un smartphone avec Instagram, les gens font défiler les photos, ça fonctionne mieux qu’une pub, car on se reconnaît plus facilement à travers ces filles-là. On se sent proche d’elles surtout si c’est une blogueuse que l’on suit depuis quelques mois. Sans Instagram et les réseaux sociaux en général, je suis certaine que ma visibilité serait moindre et du coup mon chiffre d’affaires très bas. »

Mais comment fait-on pour avoir ces privilèges ? faut-il avoir un nombre d’abonnés particulier ? Les spécialistes parlent d' »e-fluence » entre 30.000 et 700.000 abonnées. Mais les étoiles d’Instagram vont bien au-delà. Chiara Ferragni, puissante blogueuse italienne en a par exemple 7,4 millions. On compte également les likes: un utilisateur influent cumule de 5000 à 8000 likes par photo.

Les contraintes majeures des utilisateurs qui travaillent avec des marques sont donc le manque d’indépendance et d’objectivité.

D’ailleurs, certains utilisateurs d’Instagram, s’insurgent et commentent les photos des blogueuses en ajoutant « Advertising » soit « publicité » en français.

Pour ne pas les agacer, Séverine Bourlet conseille de trouver une forme d’équilibre. « Il faut savoir mélanger ce type de collaborations, au compte-gouttes, avec les posts habituels ».

« Le coup de génie de cette application est qu’elle oblige ses utilisateurs à passer par leur téléphone pour poster, elle est ainsi constamment avec eux », explique l’experte.

Un succès que le réseau social doit aussi à la puissance de l’image qui, à l’heure du tout connecté, n’est plus qu’un simple objet de conversation et tend à devenir un message en elle-même.

Agathe Peroceschi

Écrit par iejpedago