Deep web, dernier espace de liberté sur internet ?

Crédits : Rita Willaert / Flickr

 

Le projet de loi sur le renseignement prévoit de surveiller les connexions et communications des internautes. Il existe pourtant un espace sur internet qui demeure caché…

D’un côté, du cannabis en vente ligne. De l’autre, des faux passeports. Plus loin, des armes automatiques ou un hacker qui loue ses prestations. Bienvenue sur la face cachée du web, dite « deep web », bien loin des sentiers battus de l’internet.

Cette partie immergée de l’iceberg n’est pas indexée par les moteurs de recherche tels que Google ou Yahoo. Il s’agit d’un réseau parallèle impossible à accéder autrement que via des réseaux décentralisés comme Tor. Ici, l’anonymat résonne comme un mantra pour ses utilisateurs.

Le deep web représente 90% du contenu total d’internet. (Crédit : antifraude.com)

La population y est extrêmement variée. On y trouve aussi bien des activistes que des criminels, des curieux comme des informaticiens. Tous viennent échanger des informations, des services ou des produits, en toute discrétion. Une sorte de Far West 2.0, où liberté et anarchie coexistent dans un cocktail explosif.

Cette plateforme pourrait devenir prochainement le centre des pires cauchemars des autorités. Avec ses mesures de surveillance du net, le projet de loi sur le renseignement pourrait pousser toujours plus de personne à quitter la surface du web pour communiquer à l’abri des grandes oreilles étatiques. Notamment les darknets, des réseaux privés pour communiquer en toute discrétion, de pair à pair.

Avec le deep web, ces lieux deviendraient l’eldorado des criminels en tout genre qui souhaitent s’organiser secrètement. « Tenter de surveiller cet espace est impossible » assure Damien Bancal, expert en cybersécurité du site spécialisé Zataz. « Ce sont des adresses qui sont impossibles à retrouver, à moins d’en connaître l’existence. Et même en sachant qu’elles existent, on ne peut y accéder sans connaître le mot de passe ».

Il est difficile de surveiller et de réprimer des pages qui ouvrent et qui ferment sans cesse sur le deep web. Tel une hydre, la plupart des sites disposent de copies « miroir ». C’est le cas de Silk Road, vedette du marché noir du deep web, fermé par le FBI en 2013 puis réouvert quelques semaines après.

Pour l’instant, les terroristes n’utiliseraient pas ou peu le darknet. « Ils ont besoin de communiquer à la masse, c’est pour cela qu’ils investissent d’abord les réseaux sociaux » précise Damien Bancal. Mais face à une surveillance de plus en plus massive des réseaux internet classiques, la donne pourrait changer.

« Le projet de loi poussera les activités de délinquance vers l’utilisation systématique du darknet », estime Philippe Aigrain, co-fondateur de la Quadrature du Net. « Il y aura une augmentation des usages du chiffrement et de l’anonymisation et ils seront impossibles à retrouver. » Damien Bancal abonne : « La cybersurveillance ne changera rien. Les criminels onta appris depuis longtemps à se servir de l’informatique et des outils qui permettent de rester discret ».

Mêmes conséquences avec la loi Hadopi sur la protection des droits d’auteur. Les pirates s’étaient alors réfugiés dans le deep web pour passer entre les mailles du filet judiciaire et continuer à télécharger en toute discrétion. En 2010, les services français s’étaient fait « engueulé » par leurs homologues américains sur le fait qu’une telle loi rend « plus difficile » la surveillance des internautes qui se terrent.

 Jérôme Wysocki

Écrit par jemaval