Déconnecté, Steven vit sans crainte d’être espionné
JMW_7468

Crédit : Jérôme Wysocki

Smartphones, tablettes, ordinateurs… autant d’appareils connectés qui colonisent notre monde. Une planète technologique que n’habite pas Steven. A 21 ans, ce Seine-et-Marnais fuit toute surveillance numérique, comme celle prévue par le gouvernement. Interview.

Comment devient-on un déconnecté ?

– Je me suis inspiré de mes parents. Ils sont agriculteurs et leurs journées passent au rythme des champs et des animaux. Ils n’ont jamais eu de télévision, encore moins d’ordinateur. Je ne dis pas qu’ils détestent ces appareils, seulement qu’ils n’en voient pas l’utilité dans leur quotidien. Ils ne m’ont jamais interdit de suivre les pratiques de ma génération, je n’en ai juste pas envie. Et, quand je constate la dépendance de certains de mes proches, ce n’est pas demain que je vais changer d’avis.

Êtes-vous un « marginal » ?

– Mes amis s’amusent à le dire et je l’accepte, mais je ne suis pas si différent : je prépare un diplôme agricole, j’ai un petit téléphone portable, j’aime sortir et faire la fête. Je ne veux simplement pas être dépendant du moindre appareil connecté, sans pour autant critiquer ceux qui le sont. Chacun à droit à sa liberté. La mienne est sans doute moins matérielle que d’autres, voilà tout. J’entends dire qu’un outil technologique conserve messages et photos. Je réponds qu’il n’enregistre pas les émotions. L’ordinateur a sa mémoire, j’ai mes souvenirs.

Vous n’avez jamais eu d’ordinateur, jamais été sur Internet. Ne sentez-vous pas un écart entre vous et ceux de votre génération ?

– Certainement. Mais c’est une liberté salutaire. J’aime vivre de bons moments en groupe, mais je ressens aussi le besoin de me retrouver parfois seul. Le soir, je me plonge dans un livre, j’oublie tout, je me ressource. Mes amis, je les vois les yeux rivés sur leurs smartphones, à épier la vie des gens sur les réseaux sociaux. Il m’arrive de regarder des vidéos qu’ils me montrent, des messages, mais je ne les envie pas, je les trouve trop curieux. Je n’ai surtout pas envie que l’on puisse suivre à la trace mes faits et gestes.

Que pensez-vous de la mise en place d’une surveillance massive des informations circulant sur Internet en France, à l’image de celle de la NSA aux Etats-Unis ?

– Il est certain que je me sens en sécurité face à cela. Peut-être existe-t-il des données me concernant sur le web, mais je ne fais rien pour cela. En lisant la presse, je me suis rendu compte de la puissance d’Internet, et cette impression de ne pas pouvoir contrôler ce qui circule sur les réseaux sociaux ou qui y a accès m’angoisse. Mais, de mon côté, j’ai simplement le plaisir de ne pas me sentir surveillé.

Ce projet de loi relatif au renseignement peut-il à votre avis entraîner une vague de déconnexions ?

– Je n’y crois pas. Nous vivons dans une société où l’utilisation d’Internet sonne comme une évidence. Ceux qui ont toujours vécu avec ne peuvent s’imaginer sans, et je les comprends. Il me paraît inconcevable que l’on décide de s’en priver parce qu’une loi entre en vigueur. Oui, les internautes seront davantage observés. Mais, vont-ils s’en soucier ? Je pense qu’ils continueront de la même manière. Et j’imagine qu’ils n’y verront aucune différence.

Interview de Steven, étudiant en BTS Agricole en Seine-et-Marne, réalisée par Jonathan Pham

Écrit par lesfleursdumal