Damso, « roi de Belgique » et du rap

CEUX QUI ONT MARQUE 2017. Triple disque de platine avec « Ipséité », deuxième rappeur le plus écouté de l’année sur Spotify, Damso s’est imposé dans le « rap game ».

William Kanubi, dit « DAMSO », a la vingtaine et ne fait pas dans la dentelle. Pourtant, c’est avec une étonnante douceur qu’il narre sa jeunesse perdue, oscillant entre espoir et résignation.

Originaire de la République Démocratique du Congo, il fuit très jeune avec sa famille sa terre natale, ravagée par les conflits et les pillages, pour trouver refuge à Bruxelles. « Les bruits de kalash [AK-47] m’empêchaient de rêver« , comme il l’explique dans « Graine de Sablier », morceau narrant son enfance.

S’il a laissé derrière lui cette enfance et son pays détruit par la guerre sévissant depuis 1994, il n’a pas trouvé la paix durant son adolescence en Europe. Au contraire. Il évolue dans une cité où les inégalités, l’injustice et le racisme le marquent particulièrement.

Une histoire d’amour tragique à 13 ans, des problèmes familiaux et d’argents… Tous ces éléments forgeront son style et sa plume, son flow et sa musique.

« Sans Booba, il ne serait personne »

S’il se lance dans la production de beats en 2006, âgé seulement de 14 ans, c’est avec le rap qu’il fait le plus de bruit. Bien qu’il ait tenté une licence en psychologie, son destin l’a poussé vers d’autres horizons.

Repéré par Booba en 2015 grâce à son morceau « Poséidon » figurant sur la mixtape OKLM du rappeur des Hauts-de-Seine, ils enregistrent ensemble une chanson remarquée.

S’en suit un premier album, « Batterie Faible » en 2016. Puis « Ipséité » paru en avril dernier. Cet album s’est imposé comme un des temps forts de l’actualité rap francophone de l’année.

Salsa, fondateur du label Din Records, un label influent dans le rap français, décrit le rappeur bien bâti comme un « mélange entre Hamza et Booba » – Hamza est un autre rappeur belge. Il déplore cependant que « sans Booba, il ne serait personne« . D’accord ou pas avec Salsa, cette déclaration marque combien le Duc de Boulogne a joué un rôle déterminant dans la carrière de son protégé, raison pour laquelle il la signé sur son label 92i, à l’aube de ses 25 ans.

A l’ombre de son propre succès

Encensé par des fans, plébiscité par ses confrères qui lui réclament tous des featurings, un certain nombre de voix s’élèvent cependant pour dénoncer cet artiste qualifié de « dangereux« . Il se voit accusé de misogynie et d’homophobie, à cause de ses textes souvents crus et pris au premier degré, comme « Amnésie », chanson phare de Damso dans laquelle il raconte le suicide de son petite amie à 13 ans.

Celui qu’on surnomme le « rappeur de Bruxelles » ne laisse en tout cas personne indifférent. Au point de le voir souvent au coeur de polémiques. La dernière en date est celle remettant en question son rôle visant à produire « l’hymne belge de football » pour le Mondial 2018 en Russie. Sa réponse ne s’est pas faite attendre, et sur son Instagram, il a publié un texte dévoilant par la même occasion le titre de la chanson, « Humains ».

A travers sa musique, il ne cherche pas à diviser les gens mais les fédérer. C’est une des raisons le différenciant de la majorité des autres rappeurs, puis ce qu’il ne s’adresse pas à un public spécifique, mais à tous ceux daignant l’écouter, à l’image d’un Kery James.

L’éclectisme est un principe chez lui et dans sa musique, utilisant des prods allant de la trap au raggaeton, ajustant son flow constamment et traitant une variété de thèmes, sans jamais radoter.

S’il se démarque musicalement parlant, il est également très doué en communication. Mouss Parash, directeur artistique chez Warner Music et manager de Hamza, explique qu »il incarne la nouvelle valeur marchande du rap« . Un musicien et artiste doublé d’un businessman.

Khemais Ben Ismail et Rafaello Pisu

Écrit par IEJ3A