Corinne Lacoste, l’entrepreunariat au-delà du handicap

CEUX QUI VONT MARQUER 2018. La petite-fille du fondateur de Lacoste est atteinte de surdité profonde, mais ça n’a pas freiné son envie d’entreprendre.

« Je ne me sens pas handicapée ni empêchée de quoi que ce soit dans ma vie, au contraire ! » Corinne Lacoste est atteinte d’une surdité profonde qui lui est apparue au fil du temps. Pourtant, en la rencontrant, son handicap est imperceptible. Elle suit la conversation sans difficulté en vous regardant fixement pour lire sur les lèvres.

Pleine de vie, la petite-fille de René Lacoste nous accueille dans son appartement du chic 6ème arrondissement de Paris, une tasse de tisane à la main. Elle est grande et élancée, ses cheveux bruns encadrent un visage au sourire chaleureux, avec ses mouvements toujours élégants.

Dans son appartement, la décoration est simple et pure, du verre et beaucoup de bois. Un environnement naturel qui s’accorde avec l’image de son entreprise Chic des Plantes, 100% bio et made in France.

L’envie d’autre chose  

Corinne Lacoste s’est lancée dans le commerce des infusions, avec Laura Guillemin, il y a deux ans, pour redorer l’image de ces boissons. « Au restaurant, les infusions, c’est soit camomille, soit verveine-menthe. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire », nous explique-t-elle en souriant.

A 48 ans, cette maman de deux enfants a osé se lancer dans l’entrepreunariat. Un challenge rendu possible par l’aisance financière garantie par sa famille, mais sur laquelle elle ne veut pas se reposer. « C’est une chance immense mais ce n’est pas un acquis, je dois le transmettre, apporter ma pierre à l’édifice », justifie-t-elle avant de prendre une gorgée d’Ô Joie, une infusion promettant une bonne humeur.

Autour de la table, ses deux chats, Kalou et Roucky, et sa chienne, Zola, font partie du décor. Avant d’être entrepreneuse, Corinne Lacoste était vétérinaire. En 1994, elle est diplômée de l’école de Toulouse. Pendant cinq ans, elle pratique dans toute la France, puis vient le moment de s’installer à son compte, mais la jeune femme a envie d’autre chose. « Je ne voulais pas arrêter, juste ouvrir une parenthèse et le monde de l’entreprise m’intéressait beaucoup. »

Après quelques années en journalisme vétérinaire, puis culinaire, elle retourne sur les bancs de l’école pour un MBA au Celsa La Sorbonne. A 41 ans, ces dix-huit mois de cours lui ouvrent les portes de l’entrepreunariat. Un monde qu’elle a côtoyé dans son enfance avec la société éponyme de son grand-père et qu’elle avait envie d’explorer, malgré les contraintes de son handicap.

S’adapter à la surdité

« Mon équipe est vraiment bienveillante, en réunion ils font attention de parler les uns après les autres et de bien me regarder en face pour que je les comprenne », explique Corinne Lacoste.

Le plus grand problème posé par sa surdité : les conversations téléphoniques. Pour Léna, sa fille, devoir toujours communiquer avec sa mère par message a vraiment été compliqué. « Quand j’avais un problème je devais attendre qu’elle voit le message. Ça augmente le temps de réaction ! » nous confie-t-elle.

Aujourd’hui, l’application Roger Voice lui a changé la vie. « Ça fait 20 ans que je ne pouvais pas téléphoner, maintenant j’appelle tout le monde » s’amuse Corinne Lacoste.

Appareillée depuis ses 19 ans, elle ne se considère pas vraiment handicapée, et n’a d’ailleurs jamais appris le langage des signes. Malgré une carte d’invalidité à 80%, elle mène une vie quasiment normale : « Je ne souffre pas de la surdité. Mon handicap, il n’est que sur une carte. »

Isaure Loysel et Héloïse Thebault

Écrit par Heloïse Thebault

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