Ciblée depuis 2005 par le terrorisme islamiste, en moins de trois mois, le Royaume-Uni subi sa troisième attaque terroriste

34 morts et des centaines de blessés en seulement 73 jours. Le Royaume-Uni vit une période horrible depuis quelques mois. Après les attaques de Westminster le 22 mars et de Manchester le 22 mai, Londres est à nouveau frappé par un acte terroriste. Samedi 3 juin. Deux attaques ont ensanglanté Londres, faisant pour l’instant six morts. Le pays est devenu une cible privilégiée du terrorisme islamiste. Les raisons? C’est une grande démocratie qui plus est en pleine campagne électorale. Les Britanniques votent pour des législatives anticipées jeudi 8 juin. C’est un des plus proches alliés des États-Unis, qui a fait ou fait encore partie de toutes les coalitions internationales, en Afghanistan, en Irak, en Syrie. 

Cible historique

Une menace qui remonte déjà à plus de dix ans. Au même titre que la France, régulièrement frappée par des actes terroristes aussi, ou l’Allemagne, le Royaume-Uni est une cible historique des djihadistes, même s’il est difficile de trouver des explications à la folie meurtrière. Dès 2003, le Premier ministre de l’époque Tony Blair avait annoncé qu’il soutiendrait George Bush dans sa guerre contre Saddam Hussein en Irak: c’est le point de départ de cette haine viscérale.

« Il y a un lourd passif« . D’autant que la Grande-Bretagne est actuellement un membre important de la coalition internationale qui combat Daech sur le terrain en Syrie et en Irak, avec des soldats au sol et de nombreux raids aériens », expliquait Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes islamiste, à l’AFP après l’attaque de Manchester. « Rien n’a changé en Grande-Bretagne entre 2005 et 2017. La motivation et la justification sont les mêmes: l’intervention du pays en Irak », assure-t-il au Huffington Post.

En 2005, trois bombes avaient explosé dans le métro londonien, faisant 56 victimes et plus de 700 blessés. Al-Qaïda avait revendiqué l’attaque. En 2013, deux hommes avaient décapité un soldat en pleine rue, toujours à Londres, pour « venger les musulmans tués par des soldats britanniques ». Fin 2015, un homme avait attaqué et blessé trois personnes avec un couteau dans le métro de Londres.
De nombreux autres attaques ont néanmoins été évitées. Après l’attentat de Westminster, Scotland Yard a assuré avoir déjoué « treize tentatives d’attentat terroriste depuis juin 2013 ».

« Terre de mécréants »

L’une des possibles autres raisons est le symbole qu’incarne Londres, au même titre que Paris ou Bruxelles, également visées par des attentats. « Londres est considérée par les djihadistes comme une terre de mécréants et l’aspect cosmopolite de Londres en fait une cible privilégiée », estime Alain Rodier, directeur auprès du chef du Centre Français de Recherche sur le renseignement, pour 20 Minutes. « Car l’objectif des terroristes est de monter les communautés les unes contre les autres. Ils espèrent que des Britanniques vont mener des actions anti-islam qui pourraient précipiter certains musulmans dans leurs rangs ». Derrière les Français, les Britanniques seraient d’ailleurs les Européens les plus représentés dans les rangs de Daesh, devant les Allemands ou les Belges. Ce qui fait dire à Alain Rodier: « La Grande-Bretagne est confrontée à une triple menace. Celle des revenants de Syrie et d’Irak qui peuvent mener des actions commanditées. Celle des djihadistes qui sont déjà rentrés depuis un ou deux ans en Europe et qui ont recréé un réseau terroriste, en attendant de passer à l’action via des attaques coordonnées. Et enfin celle de personnes qui n’ont aucun contact direct avec Daesh ou Al-Qaïda et qui décident de passer à l’initiative en commettant un attentat. »

« l’idéologie du mal »

Attentats : le discours offensif de Theresa May

Dans son discours donné ce dimanche matin, Theresa May a tenté d’apporter une explication: « Nous sommes persuadés d’avoir affaire à un nouveau type de menace car le terrorisme nourrit le terrorisme et les auteurs sont incités à commettre leurs attaques non seulement sur la base de complots minutieusement élaborés après des années de planification et d’entraînement, non seulement par des assaillants isolés radicalisés sur internet, mais aussi en se copiant les uns les autres et en utilisant les moyens les plus sommaires. »

En clair, les actes terroristes appellent d’autres actes terroristes en raison de la volonté d’imitation. Et ces actes sont commis par des personnes qui arrivent à se faire oublier pendant des années avant de passer à l’action avec des moyens qui ne permettent pas de les détecter: un achat de couteau(x) est moins suspicieux que celui de composants pour fabriquer une bombe, qui va alerter directement les services de sécurité.

En dépit du travail de fourmi réalisé par les services secrets britanniques, le gouvernement est contraint de reconnaître qu’il est aujourd’hui dans l’incapacité de se prémunir contre ces attaques utilisant non plus des explosifs sophistiqués mais des instruments (véhicules, couteaux) disponibles à tous.

C’est là que réside la « nouvelle forme de menace » brandie par Theresa May. On est loin de l’attentat coordonné de 2005. Pointant l’inutilité de nouvelles opérations anti-terroristes, celle-ci promet de s’en prendre frontalement au fanatisme islamiste en estimant qu’il y a « trop de tolérance à l’égard du terrorisme dans notre pays ».

La Première ministre a également annoncé une série de mesures pour renforcer la sécurité. Ces mesures vise quatre domaines prioritaires. La Grande-Bretagne va rester en première ligne contre « l’idéologie du mal » et des opérations militaires vont continuer à être menées contre les terroristes. Une nouvelle réglementation devait permettre de limiter l’expression des extrémistes sur Internet. Plus de moyens vont être données pour identifier et éradiquer l’extrémisme dans le pays. Enfin, la stratégie de lutte antiterroriste va être revue après les attaques de ces derniers mois. En attendant que ces mesures entrent en vigueur, le Royaume-Uni va continuer de sécher ses larmes…

Écrit par Jennyfer Sambat

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