Centre d’accueil des réfugiés : quel bilan un mois après ?

Un mois après son ouverture, le camp de réfugiés à la porte de La Chapelle a-t-il rempli son rôle ? Pensé pour empêcher la prolifération des camps, le centre, géré par les bénévoles d’Emmaüs et d’Utopia56, s’emploie à aider les réfugiés dans leurs démarches administratives et dans la distribution de denrées.

Porte de La Chapelle, lundi 12 décembre, 10h. Une vingtaine d’hommes attendent calmement en file indienne devant l’entrée de ce centre aux allures futuristes. Composé d’une grande bulle, où toutes les démarches administratives se passent, et d’un bâtiment désaffecté où se trouvent les dortoirs, il est en place pour 18 mois. C’est la SNCF qui a prêté ce bâtiment abandonné.

La petite foule silencieuse attend patiemment son tour. Plusieurs agents de police se tiennent à l’écart, en cas de débordement. « C’est tous les jours très calme, on n’a pas vraiment eu de problème depuis l’ouverture », explique une bénévole d’Utopia56.

Le fonctionnement du centre est simple : 400 places sont disponibles à l’intérieur, et chacun peut rester pour une durée de cinq à dix jours, le temps de lancer les démarches de demande d’asile. Entre 30 et 50 personnes s’en vont chaque jour, et laissent leur place aux prochains. Seule façon d’accéder au camp, attendre dès le matin qu’une place se libère et espérer. Ce camp a d’abord été créé pour empêcher les réfugiés de dormir dehors, mais la capacité du lieu n’en a permis que la limitation du nombre. « On sait qu’il y a entre 60 à 100 réfugiés qui arrivent à Paris chaque jour, et ce, 7 jour sur 7, donc forcément il y a encore des gens qui sont à la rue », relativise Ivan Leray, coordinateur d’Utopia56 sur place.

Et effectivement, des gens à la rue, il en reste encore beaucoup. A quelques mètres à peine du centre, l’avenue du Président Wilson à St-Denis a vu, depuis deux semaines, affluer une centaine de réfugiés qui se sont installés sur le trottoir. Prémice d’un nouveau camp, une centaine de tentes jonchent le sol. « Certains d’entre eux étaient hébergés ici, mais les solutions que nous leur proposions ne leur convenaient pas donc ils ont préféré s’en aller et rester à la rue. Certains refusent carrément de venir, parce qu’ils sont sous la procédure Dublin… », soupire Ivan Leray.

Le matin même, ils sont une cinquantaine à avoir été embarqué par la police. « Ils ont vérifié les papiers de tout le monde, et ont distribué une cinquantaine d’obligation de quitter le territoire français », explique Christine Dolan, bénévole dans plusieurs associations humanitaires. Elle était sur place à ce moment-là, et se dit effarée par la tournure des choses.

Un effort pour le moment insuffisant

Alors, bien que ce centre soit un premier pas dans l’aide aux réfugiés de Paris, il n’est vraisemblablement pas suffisant pour la capitale. Un deuxième centre devrait ouvrir ses portes en janvier, mais d’ici là, des milliers de migrants sont à la rue aujourd’hui.

Une situation qui devient intenable avec le froid ambiant. Mardi 13 décembre, les hommes attendant devant l’entrée du centre craquent. Le calme qui régnait jusqu’à maintenant est ébranlé et les réfugiés manifestent pour rentrer.

« Quand on sait que certaines nuits, les hommes qui patientent sont gazés ou forcés à rester debout par la police, c’est étonnant de les voir rester aussi calme », s’étonnait une bénévole la veille. Cette patience semble donc avoir atteint ses limites. Selon un témoin sur place, les bénévoles d’Emmaüs ont donc dû appeler les policiers en renfort, et le camp a été fermé pour la journée. Une situation que la mairie de Paris n’a pour le moment pas voulu commenter.

Alessandra Sirany et Nicolas Thomasset

Crédit photo Une : AFP

Écrit par iejpedago