Des albums de rap, une marque de vêtement, une web radio et plus récemment sa propre bouteille de whisky, Booba n’est pas qu’un simple artiste de hip-hop c’est avant tout un homme d’affaires.

Toujours en avance sur son époque, Élie Yaffa de son vrai nom ne cesse d’étendre son emprise, bien au-delà de l’industrie musicale. Sa marque de vêtements Unkut réalise un chiffre de 15 millions par an. Néolibéral assumé, ce grand capitaliste au teint sombre transforme en or tout ce qu’il entreprend. D’un BEP vente aux conférences d’Harvard en passant par la case prison, l’ascension sociale fut fulgurante pour ce Franco-Sénégalais dont l’adage prend tout son sens, « les derniers seront les premiers. »

Une carrière couronnée de succès qui lui permet d’avoir une fortune estimée à 185 millions d’euros environ. Une richesse qu’il affiche sur les réseaux sociaux ou dans ses clips à base de grosses cylindrés et chaînes en or.

Une carrière fulgurante

Booba a commencé sa carrière musicale avec son compère de Boulogne, Ali, où il forme le groupe le plus « mystique » de son époque, Lunatic. Un duo improbable qui parvient pourtant à trouver un équilibre insoluble : le capitalisme et la nonchalance de Booba étant superbement contrebalancés par la foi et le discours réfléchi d’Ali.

Mais la séparation du duo est inéluctable tant les identités des deux protagonistes sont en contradictions. Booba lance sa carrière solo en 2002 :  ces premiers albums fascinent et consacrent définitivement le style de Booba.

Sa plume attire la curiosité de La Nouvelle Revue Française qui lui dédie un article dans lequel Thomas Ravier le compare à Céline. Subjugué par le talent d‘écriture de l’artiste, le romancier parle de « métagore » pour évoquer ses vers à images ultra-violentes : « Je croyais mettre un disque, j’ai ouvert un album photo, un livre de chair, de son, verbe en sang, une boîte de Pandore. »

Premier en France à avoir utilisé l’auto-tune, B20 a mis du temps à faire apprécier ce nouveau style musical.

Il faut attendre le cinquième album solo de Booba, Lunatic (2010) pour le voir renouer avec le succès et entretenir son potentiel de fascination auprès de fans toujours plus excités par les fantasmes qu’il véhicule. Futur (2012), D.U.C. (2015), Nero Nemesis (2015) et Trône (2017) plus récemment sont de cette lignée et contribuent à l’émancipation de la marque Booba bien au-delà de l’industrie musicale.

De Lunatic au whisky, « D.U.C »

Pour étendre son influence, Elie Yaffa a rapidement compris qu’il devait développer son emprise au-delà du rap.

Il est le premier artiste hip-hop en France à avoir lancé sa propre marque de vêtements « Unkut » en 2004. Inspiré par le modèle américain, il confiait dans un entretien à Yard en 2016 « Puff Daddy avec sa marque Sean John c’est ce qui m’a donné envie de me lancer dans la mode car ça ne c’était encore jamais fait. » Chaque année le chiffre d’affaire de sa société progresse et atteint aujourd’hui 15 millions d’euros avec 450 points de ventes et 5 boutiques officielles.

En guerre contre la radio Skyrock – il considère cette station comme une imposture dans le monde du rap – depuis le début de sa carrière il a lancé en 2016 OKLM Radio avec une version TV et Web. Dans une interview à l’émission Le Tube, il expliquait son choix. « À la tête des radios de hip-hop en France ce sont des amateurs. Ils ne prennent aucun risque, ils passent des sons qui ont déjà fait leurs preuves. »

Son antenne a pour but de lui faire de la pub, mais surtout de diffuser les jeunes rappeurs encore méconnus dans l’hexagone. Pour faire connaitre la nouvelle génération il a aussi lancé son label 92i qui a permis à des artistes comme Kaaris, Shay ou Damso de se faire connaître.

Grand amateur de whisky et plus particulièrement de Jack Daniel’s, il vient de lancer sa propre marque dénommée « D.U.C ». Disponible dans tous les Auchans de France il s’est empressé de le faire savoir sur Instagram.

Annuellement, B20 toucherait de ses différentes ventes et affaires pas moins de 6 millions d’euros.

Ces nombreux investissements ont même permis à Booba d’être invité sur BFM Business pour parler affaires.

Jules Montané et Antoine Ayral

Écrit par IEJ3B