Au coeur de la Paris Gaming School

Le domaine du e-sport, en grande évolution, se structure… La création en 2017 de la Paris Gaming School, unique école de gaming en France, s’inscrit dans ce besoin de former des jeunes pour ces nouveaux métiers. Rencontre avec le créateur de cette école d’un genre nouveau.

 

La Paris Gaming School n’est pas une école comme les autres… À 27 ans, l’air juvénile, dynamique et déjà directeur : Gary Point reçoit avec fierté dans l’école qu’il a créée. Une structure unique, du moins en France. Dédiée au e-sport, la pratique est en pleine expansion, les Jeux Olympiques d’Hiver accueilleront les premières épreuves d’e-sport à Pyeongchang début 2018.

Pourtant, rien ne  prédestinait Gary Point à une telle ascension. Élève dissipé jusqu’au lycée, il connaît un parcours scolaire chaotique. Après avoir fréquenté huit groupes scolaires différents, il décide de passer le bac en candidat libre et se tourne vers des études de communication. “J’ai ensuite tenu à m’inscrire dans une école de commerce, un domaine qui me semblait essentiel car j’avais déjà envie de créer mon entreprise.” Ce qu’il fait très vite : dès la fin de ses études, Gary crée avec un ami un établissement diamantaire.

De joueur à directeur 

Mais sa vraie passion est ailleurs. Le jeune entrepreneur est également joueur en ligne professionnel de DOTA 2. Doté d’un certain talent, il enchaîne les victoires lors de tournois importants et intègre même une équipe en Russie. Gary s’investit de plus en plus dans cette activité : “J’ai alors commencé à gagner ma vie grâce aux bitcoins, ce qui à l’époque était très improbable !”.

 

Gary Point dans son établissement scolaire

 

L’ancien joueur pro décide de faire de sa passion une véritable activité. “Le e-sport était à l’époque très peu développé en France, contrairement aux pays anglo-saxons. J’ai pensé qu’il y avait un vrai créneau afin de pouvoir garder nos meilleurs talents dans l’Hexagone”.

De la vision, de l’audace : Gary imagine et met en oeuvre son projet. “Je voulais créer une “gaming house”, une véritable structure conçue comme un centre de formation, avec à la clé un certificat au bout de 9 mois de formation.” Rien n’est laissé au hasard, le cycle est très court car le milieu évolue très vite. La volonté de se placer entre l’école de commerce et la pure école de “gaming”, est un gage de sérieux pour l’établissement.

L’établissement flambant neuf a fière allure… La salle principale est imposante, elle est élaboré comme un open-space, permettant l’échange et la convivialité. Le bureau de Gary jouxte les ordinateurs des élèves, là aussi l’accent est mis sur le collectif et la cohésion. En pénétrant dans cette salle, on entend déjà le clics des souris d’ordinateur.

Une nouvelle école, c’est aussi un nouveau programme qu’il a fallu créé de toute pièce. “Nous proposons 1700 heures de formation, avec des cours diversifiés, pas seulement axés sur la pratique du e-sport, mais ouvrant également sur du marketing, du sponsoring, du management ou de la création de projet.  L’idée, c’est d’avoir des futurs e-sportifs complets, aptes à gérer leur carrière qui s’annonce”. Sachant que tous ne seront pas de futurs stars dans le milieu, la formation se doit d’être assez large pour pouvoir déboucher sur des métiers variés en lien avec le numérique : community manager d’écuries françaises de gamers, production, régie, événementiel…

Pour Alexandre Cortes, professeur à l’école, «on travaille principalement entre anciens de l‘écosystème e-sportif ou avec des diplômés d’écoles de commerce ou de communication». Il est stimulant pour lui de former les professionnels de demain. Un nouveau souffle pour le milieu.

Des profils diverses

Les conditions d’accès : avoir le bac au minimum. Mais l’école ne ferme pas la porte à des profils plus diversifiés. Le plus jeune élève à 19 ans, le plus âgé 31.

Pour sa première rentrée, l’école a accueilli 33 élèves pour 3000 candidatures.

“Nous recrutons des candidats ayant déjà un background important, le profil est stratégique dans le choix qui est fait, même si nous tentons également de maintenir une certaine cohésion de groupe” affirme Gary.

Le dernier étage du bâtiment de la zone industrielle de Montreuil est en ébullition en cette après-midi de décembre, les élèves jouent derrière leurs ordinateurs. Le couloir donne sur une cuisine, où élèves et professeurs se mélangent pour discuter autour d’un café. Une atmosphère détendue qui tranche avec ce que l’on peut trouver dans un institut.

Pour Guillaume, cette école est une aubaine. Perdu dans ses études et intéressé par le domaine de l’e-sport, la Paris Gaming School est apparue comme une évidence : «Il fallait que je le fasse, c’est ma chance ! ». Quant à Moufassa, il a découvert le monde de l’e-sport dans un bar qu’il fréquente souvent, le Meltdown. L’école est pour lui un moyen de «se confirmer en tant que professionnel de l’e-sport ». Pourtant l’école ne délivre pas un diplôme reconnue mais un certificat. Ce sera aux élèves de faire leurs preuves dans le milieu.

Un nouveau mouvement 

Le directeur insiste sur les risques personnels qu’il a pris :

“Mettre plus de 250 000 euros de ma poche pour créer cette école de e-gaming n’allait pas de soi, c’est un véritable pari et je suis convaincu qu’il sera payant !”.

Les e-sportifs ne sont pas considérés comme des sportifs, il faut donc créer un véritable modèle à part. Gary en est conscient : “Il faut être réaliste, nous devons sortir de ce carcan qui nous compare en permanence aux sportifs”. Il l’admet : “Certains sont d’ailleurs tombés dans ce piège en copiant les tournois du sport classique. Il nous faut nous différencier en mettant en avant les innovations de l’e-sport plutôt que de transposer un modèle qui n’a rien à voir”.

Le jeune directeur est optimiste quant à l’avenir de son secteur : le milieu se professionnalise très vite.“La qualité de la première promotion jouera beaucoup dans le crédit et le sérieux que l’on accordera ou non à notre gaming school. Il ne faut donc pas se rater !”. renchérit Gary. De nombreuses entreprises voient le jour sous la forme d’écuries, véritables pépinières de futurs champions qui sont confrontées à un choix : Recruter des jeunes sortant d’une école de commerce, ou bien d’une école de e-gaming. De ce choix dépendra le succès de la Paris Gaming School !

 

 

Noa Bettan & Marion Clément

Écrit par IEJ3B