Assaut de Saint-Denis: les habitants victimes du terrorisme ?

Presqu’un an après l’assaut de Saint-Denis contre Abdelhamid Abaaoud, l’instigateur des attentats de Paris, les habitants de l’immeuble de la rue du Corbillon souhaitent être reconnus comme victimes du terrorisme.

« On est devenu malade avec tout ça. On y pense beaucoup, surtout à l’approche du 18 novembre“ raconte Noureddine, un Marocain sans-papiers qui occupait un logement dans cet immeuble de Saint-Denis où s’était retranché Abaaoud, le cerveau des attentats de Paris et Saint-Denis. Cet homme, comme beaucoup de ses anciens voisins, demande aujourd’hui à être reconnu comme victime du terrorisme.

C’était il y a un an. Après 5 jours de traque sans relâche, les forces de l’ordre localisent Abdelhamid Abaaoud, sa cousine Hasna Ait-Bouhlacen, et l’ancien djihadiste Chakib Akrouh. Les trois individus ont trouvé refuge dans un appartement dans le coeur historique de Saint-Denis. Le 18 novembre 2015 à 4h du matin, le RAID et la BRI lancent un assaut, qui durera sept heures, pour éliminer les trois terroristes.

Seulement, si l’opération est un succès (du moins dans sa finalité), l’immeuble a été entièrement détruit à la fois par les tirs fournis des policiers, mais aussi par la déflagration causée par la ceinture d’explosifs de Chakib Akrouh. Désormais, les autres habitants de cet immeuble veulent aussi être considérées comme victimes du terrorisme.

Pourtant, tous n’étaient pas dans la légalité

C’est bien là le nœud du problème : 24 des 88 locataires du bâtiment étaient sans-papiers le jour de l’assaut. Ahmed est l’un de ceux-là. En plus d’avoir perdu son logement, après que l’immeuble ait été déclaré inhabitable, cet Egyptien a été la cible des forces de l’ordre. En effet, un sniper lui a pulvérisé le coude alors que les terroristes étaient morts depuis déjà cinq heures. Hospitalisé à la Pitié-Salpétrière, il avait ensuite été placé en garde à vue pendant quatre jours, puis s’était vu notifier un avis d’expulsion du territoire français avant de finalement obtenir le droit de rester en France à l’image de 20 autres personnes en situation irrégulière.

Mais si ces 21 personnes ont finalement tiré un certain avantage de la situation, plus de soixante occupants de cet immeuble, pourtant dans la légalité, attendent toujours une reconnaissance de la part du gouvernement, et ainsi bénéficier d’un soutien psychologique et d’indemnités de compensation.

Cyril Camacho

Écrit par Cyril Camacho