Alexia Cassar a de quoi être fière de son métier. Cette scientifique de formation aide désormais les autres à s’accepter après la maladie. Sa spécialité ? Le tatouage. Elle est la première professionnelle à avoir ouvert un salon dédié à la reconstruction mammaire en France.

Alexia Cassar

Déco fleurie et ambiance de boudoir intime, quand on rentre pour la première fois dans le salon d’Alexia Cassar, la peur que l’on pourrait ressentir en allant chez un tatoueur s’évapore. Bienvenue chez « Miss tétons ». Cette femme à l’allure si douce, la quarantaine, aide les autres à s’accepter après la maladie. Elle a ouvert le 11 septembre 2017, le premier salon de tatouage consacré à la reconstruction mammaire d’Europe.

« J’ai un salon privé. Je reçois une personne à la fois et je lui permets ainsi de raconter sa maladie ce qui est impossible dans un salon de tatouage traditionnel où, de plus, la décoration n’est pas très propice à rendre les gens à l’aise ! » nous confie-t-elle.

Chez Alexia, ni têtes de mort ou autres symboles sombres souvent présents dans la culture du tatouage et qu’on retrouve dans les salons traditionnels.

Un changement de vie radical

Décoration du salon

Devenir tatoueuse de tétons après une mastectomie n’a pas toujours été inscrit dans les plans de la jeune femme : “J’ai travaillé pendant 15 ans dans la recherche contre le cancer, je suis biologiste de formation. Par ailleurs j’ai toujours dessiné, et j’ai toujours été proche de la culture du tatouage, je suis moi même tatouée. » Il y a quelques années, elle découvre le travail d’un tatoueur américain, Vinnie Myers, qui exerce à Baltimore et réalise des tatouages de reconstruction après un cancer du sein. Une période où elle-même traverse une période difficile. « J‘étais  touchée par la maladie car ma petite dernière luttait alors contre une leucémie. Tout ça m’a donné envie de changer radicalement de périmètre professionnel. » Elle consulte alors autour d’elle les professionnels de santé auxquels elle a affaire. « Ensemble on s’est rendu compte que ça n’existait pas en France et nous étions d’accord pour dire qu’on en avait besoin. La reconstruction mammaire n’est pas quelque chose de très satisfaisant pour les femmes. » Commence alors sa formation. D’abord le tatouage professionnel auprès d’un maître tatoueur en France puis le tatouage spécifique du téton aux Etats-Unis où elle part se former quelques mois.

Après deux ans de formation, Alexia se lance dans la réalisation de ces tatouages 3D à l’effet trompe-l’oeil en recréant le volume du mamelon grâce à des jeux de couleurs qui simulent le relief et la texture. Après en général trois bonnes heures de dessin, le résultat est d’un incroyable réalisme. Un travail d’orfèvre qui ne laisse pas place à l’erreur : “ C’est un geste très délicat car ce sont des tissus parfois très abîmés et fragiles. Une technique inadaptée peut gravement endommager la peau et générer des troubles chez la personne. De plus, à l’inverse des tatoueurs décoratifs, s’il y a un viragede couleur, c’est catastrophique. Une fleur qui change de couleur c’est pas très grave ça reste une fleur, une auréole qui était rosée et qui devient orange c’est pas possible”.

L’artiste envisage chaque séance non seulement comme un travail technique mais aussi comme la ligne d’arrivée de ces femmes dans leur parcours contre la maladie: “ C’est important qu’elles me racontent ce qu’elles ont envie sur leur maladie mais qu’elles le fassent pour la dernière fois puisque c’est la dernière intervention sur leur sein. Ça les soulage d’aller au bout de cette histoire. Moi, mon discours est plus joyeux pour les aider à tourner une page douloureuse de leur vie”.

Un enthousiasme partagé par la communauté médicale qui n’hésite plus à envoyer leurs patientes chez cette « médecin » d’un nouveau genre. Le succès est tel que la tatoueuse envisage de transmettre son savoir dans le futur proche : « j’envisage de le transmettre mais dans des conditions très particulières puisque c’est vraiment un geste réparateur. Il faut des gens qui soit extrêmement compétents sur la partie tatouage et qui aient l’expérience du tatouage sur cicatrice. Surtout ils doivent avoir envie de passer du temps, je dirais même leurs journées, avec des gens malades ». Une abnégation qu’Alexia Casser vit avec passion.

Mané Alexanian
Anastasia Wolfstirn
 

Écrit par IEJ3B