Abu Thuraya : la mort d’un martyr, la naissance d’un symbole

Abu Thuraya, militant palestinien est mort abattu d’une balle dans la tête vendredi, alors qu’il protestait à la frontière entre Gaza et Israël. Amputé des deux jambes en 2008, l’activiste n’a jamais cessé de croire en son combat. Il est devenu au fil du temps une icône pour les manifestants palestiniens.

La perte de ses jambes remonte à la guerre de Gaza de 2008 à 2009, baptisée « opération Plomb Durci » par l’armée israélienne. Alors qu’il avait abaissé un drapeau israélien pour hisser l’emblème palestinien, un hélicoptère de l’armée israélienne a ouvert le feu sur ses membres inférieurs, suite à quoi il a été amputé. Vendredi, il a été tué à 29 ans d’une balle dans la tête alors qu’il protestait à la frontière entre Gaza et Israël.

Pour le peuple en deuil, la mort d’Abu Thuraya est directement lié au « refus des Etats-Unis d’être médiateurs pour la paix » comme le décrit l’homme d’Etat palestinien Abbas. Abu Thuraya manifestait vendredi contre la décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la « capitale éternelle » de l’Israël. La déclaration des Etats-Unis est d’autant plus grave que c’est une des plus importantes puissances mondiales et le premier allié d’Israël. Impliqué dans le soutien à la ville de Jérusalem et le combat contre l’oppression coûte que coûte, Abu Thuraya est devenu un martyr suite à sa mort.

Extrêmement engagé, il a participé activement à de nombreuses protestations palestiniennes. « Je me trouve sur la frontière pour adresser un message à l’armée israélienne. Cette terre est la nôtre !« , a clamé le jeune homme dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Dans la séquence postée quelques jours avant sa mort, il participe à une manifestation près de la frontière de la Bande de Gaza avec Israël. Ce message répond à la reconnaissance de Jérusalem comme « capitale éternelle » d’Israël par les Etats-Unis.  Ses funérailles ont eu lieu le samedi. La cérémonie a suscité la venue de milliers de palestiniens.

Ismail Haniyeh, leader du Hamas (3ème personne en partant de la gauche) s’est présenté aux funérailles d’Abu Thuraya. Crédit photo : capture d’écran

Malgré son handicap, le palestinien en chaise roulante n’a jamais mis de côté son activisme si ce n’est pour sa famille. Il n’a jamais considéré la perte de ses jambes comme un obstacle : ni pour travailler, ni pour manifester dans une région à feu et à sang. Depuis l’amputation, le manifestant vivait dans un camp de réfugiés à Shati à Gaza. Il a pris soin de nourrir ses frères et sœurs en travaillant comme laveur de vitres.

Ibrahim Abu Thuraya a annoncé à ses proches qu’il voulait mourir pour son pays. Crédit photo : Reuters (2008)

Il symbolise la colère, le courage et le dévouement palestinien. Les réseaux sociaux s’enflamment: les utilisateurs dénoncent un « meurtre » de l’armée israélienne. Selon le Jérusalem Post, la majorité des Palestiniens perçoit la déclaration de Donald Trump comme un feu vert pour l’appropriation de la Terre Sainte par les Israéliens.

Les Etats-Unis ont indéniablement pris partie dans le conflit. « Il devient un martyr parce que son combat passe par la perte de ses jambes et au final par la perte de sa vie à la frontière entre la Bande de Gaza et Israël. Ça fait des années qu’on prend des cas à part, chez les Palestiniens et chez les Israéliens, et qu’on en fait des martyrs pour éveiller l’inconscient collectif. De la souffrance il y en a eu des deux côtés et ce n’est pas pointer du doigt chacun des martyrs comme celui-ci qui mènera à un mouvement de solidarité. » affirme Maxime Medioni, jeune homme de confession juive, il se rend souvent en Israël et a de la famille là-bas. Le nom d’Abu Thuraya, emblème des horreurs commises à la guerre, est instrumentalisé par les médias pour montrer encore une fois au monde la puissance du conflit israëlo-palestinien.

Le Directeur des Opérations de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme : Florent Geel, explique « Il y a tous les ingrédients nécessaires pour faire d’Abu Thuraya un symbole. Il avait déjà été victime de l’armée israélienne en 2008 qui l’a handicapé avant d’être tué vendredi. Cette victimisation représente la situation politique d’oppression continue des palestiniens par l’Israël avec maintenant le soutien des Etats-Unis contribue à faire de lui un symbole. La rue a besoin de symboles et les causes ont besoin de symboles. » La décision américaine est contestée par la communauté internationale.

Victor Schegin

Écrit par IEJ3A