A la trace
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Dans le métro et les lieux publics, les services secrets sont capables de traquer tous les appareils électroniques. (crédit : Stephane Paquet / Flickr)

EDITORIAL – Quand le magazine Society demande à François Hollande quelle trace il souhaite laisser derrière son passage, le président liste : la conférence sur le climat, sa réaction aux attentats de janvier dernier, le mariage pour tous, le droit à mourir dans la dignité, la reconnaissance de la pénibilité pour les travailleurs aux métiers rudes.

Pourtant, le véritable marqueur de la présidence Hollande se joue en ce moment. Il s’agit du projet de loi sur le renseignement, qui va légaliser de nombreuses pratiques jusque-là clandestines des services secrets. En somme, donner un cadre à la surveillance des terroristes en herbe et des jeunes pousses djihadistes. Encore faudra-t-il que ceux-là apparaissent sur le radar. Les frères Kouachi par exemple, n’ont jamais discuté de l’attentat de Charlie Hebdo sur internet.

Difficile de contester l’argument du terrorisme, mais cette loi va bien plus loin ! Entre écoutes téléphoniques et captation des donnés privées des internautes, le tout prend des allures de surveillance de masse, semblable à un Patriot Act à la française, sans jamais passer par la case justice. Et la commission de « contrôle » indépendante prévue n’aura qu’un pouvoir consultatif, laissant les rênes au Premier ministre.

L’une des finalités de la loi prévoit ainsi « la prévention des violences collectives portant atteinte à la paix publique ». Manifestants pro-Palestine, zadistes du barrage de Sivens aka les djihadistes verts pour certains, supporters du PSG contestataires de la politique de leur club (à vrai dire, ceux-là sont déjà fichés illégalement) : autant de citoyens qui auraient les mensurations idéales pour enfiler le costume d’une menace potentielle. En somme, une bonne tête à subir le fichage de l’Etat français jusqu’au bout des ongles. Car tout est passé au peigne fin : ordinateurs, tablettes, portables, e-mails, SMS.

Finalement, tout le monde pourrait un jour se retrouver scruté par ce Big Brother made in France. « Certains ont plus de succès mort que vivant » : les mots sont de François Hollande, George Orwell et son roman d’anticipation 1984 en sont un parfait exemple.

Florian Lefèvre

Écrit par floseb