A Dresde, Pegida renait de ses cendres

C’est un retour sous le feu des projecteurs que peu d’observateurs ont vu venir. Face à l’afflux d’immigrés, le mouvement Pegida, dont on a annoncé l’implosion l’hiver dernier, est traversé par un souffle nouveau. Rejetant avec force la politique d’accueil des réfugiés, initiée par Angela Merkel cet été, Pegida réunit plus de 20 000 manifestants lundi soir à Dresde. Cette région de l’est, touchée de plein fouet par la crise, le mouvement islamophobe en a fait un fief pour ses rassemblement hebdomadaires. Retour sur un mouvement qui renait de ses cendres. 

Les événements prennent une toute autre tournure depuis l’agression samedi matin de Henriette Reker. A la veille des élections, alors que la candidate indépendante pour la mairie de Cologne fait campagne dans l’une des artères de la ville, elle est sauvagement attaquée au couteau. Finalement élue dimanche, son pronostic vital n’est pas engagé et sont agression suscite une vague de réprobation chez la population. Le passé néonazi de l’agresseur ne laisse aucun doute sur ses motivations et rappelle combien l’accueil des réfugiés est loin de faire l’unanimité.« Reker et Merkel nous inondent de réfugiés », aurait-il lancé. C’est sur cette opposition d’une frange non négligeable de la population que compte le mouvement Pegida pour revenir au centre du débat public allemand. Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (en allemand, « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, abréviation PEGIDA) se voient comme le dernier rempart face à l’invasion musulmane qui menacerait le vieux continent. Depuis le mois d’octobre 2014, le mouvement manifeste chaque lundi à 18 heures 30 dans un parc de la ville de Dresde. Les manifestants protestent contre la politique d’asile du gouvernement tout en dénonçant l’islamisme radical.

La naissance du mouvement remonte à septembre 2014 après que la ville de Hambourg a été le témoin d’affrontements violents opposant des manifestants kurdes et des salafistes radicaux. Ils sont alors 500 personnes à dénoncer une « Guerre religieuse sur le sol allemand » pendant la première manifestation en octobre. Le 12 janvier le mouvement connait son apogée quand plus de 25 000 personnes battent le pavé dans la capitale de la Saxe. Dans un climat sécuritaire tendu suite aux attentats de Paris, la police interdit la manifestation suivante. Le 21 janvier, le quotidien Bild publie une photo où Lutz Bachmann, le leader de Pegida, apparaît déguisé en Adolf Hitler, provocant sa démission, l’indignation de la population et des médias, et une baisse d’affluence aux manifestations. Kathrin Oertel, qui le remplace, démissionne à son tour une semaine plus tard, en même temps que plusieurs autres dirigeants du mouvement. Si la photo a rappelé ses heures les plus sombres à la population allemande, elle n’a pas suffi à discréditer définitivement l’extrême droite. Face à l’afflux migratoire sans précédent de cet été, un nouveau souffle traverse Pegida qui a enregistré hier soir sa plus grande affluence depuis janvier dernier. Plusieurs contre-manifestations rassemblant, selon le site Zeit Oline, plus de 14 000 personnes leur ont fait face, au milieu d’un important déploiement de police. Plus de 1 000 fonctionnaires étaient mobilisés. Malgré ce dispositif, un militant de Pegida a été roué de coups « par un ou des inconnus » alors qu’il se rendait à la manifestation, a annoncé la police sur son compte Twitter, ajoutant qu’il était « gravement blessé ».

Dès sa naissance, Pegida suscite la sympathie de plusieurs mouvements d’extrême droite européenne. Alors que des manifestations similaires voient le jour en Autriche, en Suisse et en Norvège, l’écrivain Renaud Camus annonce la naissance d’un section française lors d’une discrète conférence de presse. Surfant sur le succès de ses camarades allemands, le théoricien du « Grand Remplacement » rassemble Riposte Laïque, Résistance républicaine et le Bloc Identitaire autour d’un affect commun de haine des musulmans. Pegida entretient aussi des liens étroits avec le parti nationaliste et islamophobe néerlandais PVV, mené par un sulfureux Geert Wilders, n’hésitant pas à se déplacer pour soutenir l’action de ses homologues allemands.

Yassine El Azzaz

 

Écrit par arianeyassine