2017, l’année durant laquelle les femmes ont pris le pouvoir dans l’art contemporain?

Biennale de Venise, quinquennale Documenta, record de prix en maison de vente… L’année 2017 est un excellent cru pour l’art contemporain, pour ses actrices surtout.

Les femmes n’ont jamais été exclues du monde de l’art. Bien au contraire, elles sont très présentes dans les tableaux depuis l’époque classique : La Joconde de Leonardo da Vinci, La naissance de Venus de Botticelli, La Promenade d’Edouard Manet, plus récemment La femme au chapeau de Matisse, la Maternité de Picasso et une multitude d’autres chefs d‘oeuvres… En fait, elles sont présentes mais jamais actives. Toujours passives, elles sont les muses des peintres, les femmes des riches collectionneurs, des brillants critiques d’art, des directeurs de musées. Rares sont celles qui on réussi à prendre le pinceau avant le XIXe siècle ; soit par manque d’éducation artistique — rien n’était mis en place pour qu’elles créent — voire carrément par interdiction. Par exemple, elles ont eu accès aux Beaux-Arts de Paris qu’à partir de 1896 dans des ateliers qui n’étaient pas encore mixtes. Horya Makhlouf, Historienne de l’art et directrice de la publication de Jeunes Critiques d’Art observe une amélioration dont il faut se réjouir mais pas se satisfaire.

Si de plus en plus de femmes font leur apparition aujourd’hui dans le monde de l’art, elles restent en minorité. Une étude réalisée aux Etats-Unis en 2015 montrait par exemple que les femmes ne dirigeaient qu’un quart des musées et gagnaient un tiers de moins que leurs homologues masculins.
Mais cette année particulièrement les femmes semblent s’être imposées plus qu’à l’habituel. Nombre d’événements ont par exemple été organisés par des commissaires d’exposition. Le plus important d’entre eux, la Biennale de Venise qui a lieu tous les deux ans en Italie depuis une centaine d’année était curater par Christine Macel. Commissaire d’exposition à Beaubourg elle est l’une de ces femmes qui ont réussi à prendre le pouvoir en étant conservatrice en chef du département de la création contemporaine. Cette année encore, elle a également été la lauréate du prix de la femme d’influence culturelle devant une cheffe d’orchestre, une actrice et une écrivaine.

Le Monde de l’art serait-il de moins en moins misogyne ? En tous cas la dynamique actuelle est rassurante, et cela est en partie grâce aux femmes elles-même. Un cercle vertueux a effectivement été créé. Quand dans les années 1990 elles ont commencé à arriver sur le marché et à prendre des postes à responsabilité en tant que critiques, directrices de musée ou encore présidentes de maison de vente, elles ont naturellement présenté et parlé davantage des femmes.

C’est le cas d’Hélianthe Bourdeaux Morin. Elle-même ancienne directrice de la Pinacothèque de Paris, elle a été galeriste à New York et tient maintenant la h-gallery dans le 11e arrondissement de la capitale. Elle représente aujourd’hui une vingtaine d’artistes dont 90% sont des femmes : « Il n’y a pas une volonté de ma part de représenter exclusivement des femmes. Je m’intéresse à un artiste pour son travail et non son genre. Mais c’est malgré tout une fierté de pouvoir montrer autant de femmes, de leur laisser une tribune. A l’inverse, je m’inquiéterais si j’exposais une majorité d’artistes masculins. Je veux quand même rééquilibrer  la balance. » explique-t-elle. A cela elle ajoute que les étudiants sont à majorité des filles aux Beaux-Arts, à l’école du Louvre ou même à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) ainsi, même si aujourd’hui encore les hommes sont davantage aux postes à responsabilité, les femmes les remplacent naturellement de plus en plus.

Sans doute serait-il trop hâtif de considérer l’année 2017 comme celle qui a inversé définitivement la tendance. Néanmoins les améliorations sont présentes et seront sans doute encore plus visibles dans les prochaines années.

Camille Bardin

Écrit par IEJ3A

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