2016 : une année historique pour l’Afghanistan ?

Mi mars,  des diplomates chinois, américains, pakistanais et afghans se retrouveront autour d’une même table. La raison de leur réunion ? Le besoin impératif de reprendre les dialogues avec les talibans afin de résoudre le conflit qui les oppose à l’état central afghan.

En 1989  les Russes quittent l’Afghanistan vaincus par les américains et leurs alliés locaux les Moudjahidines. La guerre aura duré plus de 10 ans et laisse un pays exsangue. Dès lors, les Moudjahidines les plus islamistes fondent les prémices du mouvement talibans.  

Les sept années qui suivent, seront marquées par la montée en puissance du mouvement religieux radical jusqu’à sa prise du pouvoir en 1996. Leur chef, le Mollah Omar dirige le pays selon les dogmes de la charia tout en étant largement influencé par l’un de ses proches, Ben Laden. Après l’attaque terroriste du World Trade Center, les américains envahissent l’Afghanistan. Les talibans ont refusé de collaborer, c’est-à-dire de leur livrer le chef d’Al Qaïda. Ils sont donc rapidement chassés du pouvoir. Aux yeux du monde entier, les talibans ne sont plus qu’un lointain souvenir. Pourtant, ils survivent et reviennent sur le devant de la scène et ce malgré la présence de la première force militaire au monde.

16 ans après, ils paraissent indestructibles

Onze ans plus tard, le verdict est sans appel : les talibans que l’on croyait pourtant faibles post 2001, ont réussi à déstabiliser l’armée américaine ainsi que la coalition. Certes, leurs moyens logistiques et financiers  ne sont pas comparables, mais ils ne manquent pas d’appuis. Leur “arme fatale” ? Leur allié de longue date, les services secrets Pakistainais. Si, certains spécialistes affirment que ces derniers ne les soutiennent plus aujourd’hui, nombreux sont ceux qui émettent des doutes. Cependant, il reste indéniable que le Pakistan les a appuyé par le passé. En témoigne l’accord de “cesser le feu” qui avait été passé entre le Mollah Omar et les autorités pakistaines il y a de ça quelques années. Outre l’Isi, on retrouve des financiers qatari, saoudien… et une source quasi inépuisable de financement interne : la taxation du trafic dans un pays qui est le premier producteur d’opiacé au monde.

Forts de leurs atouts, ils sont aujourd’hui présents sur l’ensemble du territoire pakistanais et en contrôlent -d’après l’ONU- 30%. La menace qu’ils représentent n’est donc plus sous-estimées, selon Jean Racine -chercheur émérite au CNRS- ils seraient même “plus forts que jamais”. Les Etats-Unis, la Chine, le Pakistan et l’Afghanistan prenant, eux aussi, conscience de l’urgence ont décider d’entamer de nouveaux pourparlers avec leurs homologues talibans. L’heure est à l’urgence d’autant plus que, pour le spécialiste de l’Afghanistan Karim Pakzad, le risque qu’ils reprennent possession du pouvoir central est réel. Les diplomates auront, courant mars, la dure tache de trouver une solution politique à un conflit qui dure depuis plus de 25 ans.

Aude Solente

Écrit par Aude Solente