La place des handicapés dans la société, état des lieux

« Handicap » est un mot emprunté en 1827, de l’expression anglaise « hand in cap » (la main dans le chapeau). Drôle d’origine pour un mot qui désigne une réalité humaine sévère, existante depuis les temps antiques. Mais ce mot est apparu à un moment où l’infirme commençait à intéresser les intellectuels, car avant les Lumières (voir notre diaporama), personne ne souhaitait vraiment mettre un mot « là-dessus ». Aujourd’hui, la société occidentale s’efforce d’intégrer les handicapés parmi les personnes valides. 

C’est avec la Première Guerre Mondiale, et ses conséquences désastreuses sur les hommes, que la législation française commence à couvrir les handicapés. Alors que le handicap subi par les victimes de guerre est reconnu en 1919, par un barème d’évaluation visant à déterminer le montant de leur pension d’invalidité, la première loi destinée aux handicapés est promulguée le 26 avril 1924 : elle impose aux entreprises le recrutement des victimes de guerre. Le terme de « travailleur handicapé » n’apparait pourtant qu’en 1957, dans la Loi 57-1223 du 23 novembre, sur le reclassement professionnel.

L’Etat commence à montrer quelques signes d’attention envers les non-valides, mais la société française éprouve encore des difficultés vis-à-vis du handicap. André Auberger, président d’honneur de la Fédération Française Handisport, a très bien vécu cette époque où il devait supporter sa différence. Blessé à la jambe gauche lors de la guerre d’Algérie, les séquelles ont été trop importantes pour qu’il puisse un jour se remettre à marcher sur ses deux pieds. Depuis il circule en fauteuil roulant, et témoigne des difficultés rencontrées quelques décennies plus tôt, face au regard des autres.

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En plus d’avoir fait avancer la cause féminine, Simone Veil a oeuvré pour les personnes atteintes d’un handicap.

Mais bien avant la médiatisation des invalides apportée par les Jeux Olympiques de 2012, il faut continuer d’œuvrer pour l’amélioration de leur quotidien… 40 ans plus tôt. En France, c’est le texte du 30 juin 1975 qui marque la première avancée notoire dans leur intégration. Présenté par la ministre de la Santé de l’époque, Simone Veil, il crée une première vraie politique publique pour les handicapés : prévention et dépistage des handicaps, obligation éducative pour les enfants et adolescents, accès aux institutions ouvertes à l’ensemble de la population, sans oublier le maintien d’un cadre ordinaire de vie et de travail. André Auberger a également vu les infrastructures fleurir petit à petit en France, celles-ci ayant été totalement absentes jusqu’à cette loi de 1975.

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André Auberger

André Auberger estime qu’en France, pour l’intégration des non-valides dans la société, c’est le monde du sport qui s’est mobilisé le premier.

Cette loi sera améliorée par l’amendement Creton du 13 janvier 1989. Il stipule que tout jeune adulte handicapé a le droit d’être accompagné, et pris en charge au-delà de sa majorité, pour le travail comme pour l’hébergement. Enfin, il faut souligner le développement de l’accès à l’éducation pour les enfants handicapés, grâce au plan Handiscol lancé en 1999.

L’intégration des handicapés au travail

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Très concerné en raison du handicap de sa fille, Jacques Chirac a fait de la loi de 2005 un des trois grands chantiers de son quinquennat.

Les avancées sociales pour les handicapés sont concrètes, mais concernant le monde du travail, il faut attendre 2005 pour que la législation française ne les couvre. Depuis le 11 février 2005, en effet, la loi oblige les entreprises (publiques et privées) de plus de 20 salariés à embaucher au moins 6% de salariés handicapés. Ces derniers peuvent toujours, si les entreprises ne les recrutent pas directement, recourir à des sous-traitants pour les employer. Une amende punit les entreprises réfractaires à cette loi, mais environ 20% d’entre elles continuent, au moins jusqu’en 2010, de n’employer aucun travailleur handicapé. A noter que cette loi va plus loin que Handiscol, en obligeant également toutes les écoles à accepter les élèves handicapés.

Mais alors que la crise ravage le monde professionnel depuis 2008, et dégrade les conditions d’embauche, les handicapés restent souvent plus exclus du marché du travail que les personnes valides. Sur les trois dernières années, leur taux de chômage a augmenté de 30% d’après l’association Adapt. Cela s’explique toutefois, et en partie, par le faible niveau de diplôme des handicapés : 77% d’entre ceux qui recherchent un emploi n’ont pas le baccalauréat. Le problème vient aussi de l’inaccessibilité des nombreux centres de formation pour adultes aux handicapés, sans compter les discriminations.

Car ce n’est pas un hasard si la lutte pour l’emploi des personnes handicapées a durci le ton, ces dernières années. Comme souligné plus haut, les recruteurs peinent à se plier aux exigences de quotas de la loi de 2005. Une partie d’entre eux continuent d’associer le handicap à de moindres performances, en particulier pour les secteurs en contact avec la clientèle (vente, restauration…). Les préjugés empirent lorsque le candidat non-valide au poste est d’une autre couleur de peau, ou s’il a un certain âge. Selon l’Agefiph, 43% des handicapés au chômage ont plus de 50 ans.

Si le regard de la société a donc très nettement changé sur les handicapés depuis la loi de 1975, il reste encore beaucoup à accomplir. On pense évidemment au changement de mentalité dans le monde du travail, malgré une amélioration réelle pour l’emploi depuis 40 ans, mais aussi à l’aménagement d’infrastructures supplémentaires, notamment dans les transports.

Si hier le handicap était tabou, aujourd’hui, il est devenu une composante parmi d’autres de la société. Mais Connaissez-vous vraiment le milieu du handicap ?

Diaporama. Les infirmes dans l’Histoire

Cliquer sur l’image pour ouvrir le diaporama

 

 

Julie Bogoslovsky

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Un jour à Roland Garros…
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